AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 211 les études sur les littératures de terrain viennent en appui à la notion de non-fiction, en insistant sur la factualité en œuvre. Suivant la définition de Dominique Viart, Les Littératures de terrain s’intéressent à des objets très hétérogènes : monde du travail, faits divers, violences historiques, maladies, fonctionnement de la justice, marges urbaines, populations désocialisées, franges déshéritées du monde, réalités quotidiennes, territoires, etc. Mais toutes partagent une même préoccupation expérimentale et formelle – et toutes font le récit de leur recherche . Dans le cas de l’application aux littératures francophones, notamment de l’espace maghrébin, le roman d’Assia Djebar, qui ambitionne une triple figuration thématique – le corps de la femme, la féminité et l’histoire coloniale algérienne – se présente comme une source idéale pour la lecture de la non-fiction et de ses alentours. La femme sans sépulture , publié en 2002, est un récit multiforme qui pourrait, selon les critères adoptés et énumérés plus haut, rentrer à plein titre dans la catégorie de la non-fiction : écrit en adoptant les structures narratives du roman de fiction, le livre d’Assia Djebar constitue en réalité un témoignage de l’expérience vécue par les Algériennes lors de la guerre pour l’indépendance. De manière succincte, ce roman retrace la vie de Zoulikha, une maquisarde algérienne qui a participé aux combats pour la libération. Capturée et torturée par l’armée française, elle sera portée-disparue sans que l’on retrouve son corps, ni que l’on érige une sépulture en son honneur. L’œuvre rappelle non seulement son combat pour l’affranchissement de son pays mais aussi son parcours biographique à l’aide du récit-témoignage des personnages féminins qui l’ont connue (Hania, Mina, Dame Lion) mais aussi de trois monologues dont celui du spectre de Zoulikha elle-même. À travers son texte, Assia Djebar réhabilite non seulement la mémoire de l’héroïne oubliée de la guerre d’indépendance, mais elle crée aussi un lieu où s’expriment les voix des femmes en médiatrices du passé. Pour donner consistance à cette ambivalence entre fiction et réalité dans La femme sans sépulture , l’écrivaine algérienne introduit, dès le péritexte de son roman, une note liminaire à valeur d’avertissement, dans l’optique de renforcer la dimension factuelle. Le roman d’Assia Djebar s’ouvre par un avertissement attribué à l’auteure et dans lequel le lecteur est avisé sur le sens de l’histoire qui prend sa source dans l’espace de Césarée. Une histoire qui possède une source dont l’existence n’est pas officiellement attestée. Assia Djebar va donc procéder à sa réécriture. L’avertissement prépare le lecteur à franchir le seuil de l’histoire de Zoulikha, à situer l’espace-temps historique et à mettre plus tard en

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