AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 212 évidence la liberté romanesque de l’auteure : « Dans ce roman, tous les faits et détails de la vie et de la mort de Zoulikha, héroïne de ma ville d’enfance, pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie, sont rapportés avec un souci de fidélité historique, ou, dirais-je, selon une approche documentaire. » ( FSS , 9) Cet appendice oriente le lecteur vers le fait que l’écrivaine s’est inspirée d’une histoire vraie, pour construire la trame de son roman. On comprend à partir de là que le caractère fictionnel du roman, au-delà de tout effacement, entretient subtilement un lien avec le factuel. L’auteure joue justement de cette ambiguïté et brouille les frontières du texte, entre fiction et non-fiction. La suite de la note liminaire ramène justement l’ambition fictionnel de l’œuvre : « Toutefois, certains personnages, aux côtés de l’héroïne, en particulier ceux présentés comme de sa famille, sont traités ici avec l’imagination et les variations que permet la fiction. J’ai usé à volonté de ma liberté romanesque, justement pour que la vérité de Zoulikha soit éclairée davantage, au centre même d’une large fresque féminine. » ( FSS , 9) Le référent typique de la fiction est perverti par un projet de narration qui va butiner dans un fait de société, notamment la participation d’une femme autochtone à la guerre pour la libération de l’Algérie. Dans la continuité, les territoires de la non-fiction invitent à établir une connexion avec le genre de l’autobiographie ou de la biographie. Dans ce sens, on soutient que l’autobiographie qui a toujours suscité des débats sur la question des rapports de la fiction au réel (Baudelle 2003) vient en appui de manière camouflée au processus de non-fictionnalité. Même si les écrivains, dans la majeure partie, n’assument pas la narration classique propre au genre mentionné, il est tout de même permis de constater qu’il y a souvent un flou ou un brouillage homologique entre l’instance narrative et l’auteur. Parlant des littératures de terrain qui donnent la primatie à la non-fiction, Dominique Viart affirme qu’ à la différence des romans réalistes qui prétendaient à une certaine objectivité, tous ces textes sont écrits à la première personne. Laquelle est explicitement celle de l’auteur, non celle d’un simple narrateur. Les cas plus incertains […] se résolvent presque toujours par des informations externes, fournies dans d’autres ouvrages des mêmes auteurs ou lors d’entretiens publiés. C’est bien l’écrivain qui raconte lui-même son enquête, que la fusion auteur/narrateur soit explicite ou simplement suggérée par un faisceau d’indices concordants. Dans le roman d’Assia Djebar, cette imbrication fusionnelle entre la narratrice et l’auteure est marquée par, d’une part, l’impossibilité de nommer le personnage principal, et d’autre part, par le cheminement commun entre les deux, si l’on considère les activités cinématographiques de l’écrivaine algérienne. En effet, la trajectoire de la narratrice est
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