AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 213 semblable à celle d’Assia Djebar, au moment du tournage du film La Nouba des femmes du mont Chenoua – qui a nécessité les mêmes procédés d’interviews des femmes algériennes. Le « je » de narration qui assume le récit peut tout aussi bien renvoyer à l’auteure. Dès l’incipit, le flou est déjà perceptible : Histoire de Zoulikha : l’inscrire enfin, ou plutôt la réinscrire… La première fois, c’était au printemps de 1976, me semble-t-il. Je me trouve chez la fille de l’héroïne de la ville. De ma ville, « Césarée », c’est son nom du passé, Césarée pour moi et à jamais… La seconde des filles de l’héroïne, qui vient d’arriver d’Alger, me dévisage d’un regard ardent – un des assistants m’a hélée, en me tendant une bobine son pour le Nagra. ( FSS , 13) L’indice de l’année mentionnée dans l’extrait correspond à la date du tournage de La Nouba des femmes du mont Chenoua , qui paraît en 1977. La confusion ainsi créée autour de la narratrice – auteure ou simple protagoniste tirée de l’imagination – défère à l’écrivain le statut de chercheur ou enquêteur : « parce qu’il rapporte ses recherches sur le terrain, l’écrivain – ou son substitut narratif – apparaît directement engagé dans le monde. Ces livres témoignent d’une praxis sociale, et lui confèrent une image de chercheur. » (Viart) Ainsi, la présence textuelle de l’auteur accentue le lien au réel dans l’œuvre et donne un cachet d’authenticité à la documentation référencée. Mais de quelle manière Assia Djebar se sert-elle du réel pour mettre en place une fiction et un récit romanesque avec une part documentaire ? La femme sans sépulture , un modèle de « non-fiction » Qu’est-ce qui fait la spécificité de la littérature documentaire de la non-fiction, quand on sait que tout écrivain a pour principe originel de puiser dans la réalité pour trouver matière à raconter ? La réponse est sans doute à rechercher dans le fait de « signifier que ce qui est raconté est réel, avec pour ambition première de l’éclairer » (Houot, §6). Justement, le premier principe de cette mise en vérité est le prétexte d’écriture qui régit la formalisation du roman. Le prétexte d’écriture détermine ici « le projet qui habite le narrateur de l’œuvre et qui met en place la reconstruction mémorielle du parcours d’une héroïneméconnue » (Tsango-Niondo, 42). La narratrice de La femme sans sépulture est une jeune dame en quête d’une vérité longtemps tenue secrète sur la participation des femmes algériennes à la Guerre d’indépendance. Absente pendant plusieurs années de son pays de naissance, elle revient dans son village et décide de réaliser un film documentaire sur la vie de Zoulikha. De ce fait, pour la réalisation de son reportage documentaire, elle questionne les femmes qui ont côtoyé l’héroïne afin de recueillir un récit authentique et pris pour fiable sur ce qui s’est passé.

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