AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 222 Intégration et adaptation dans le pays d’accueil Aujourd’hui, les frontières ne doivent plus être imaginées comme des lignes fixes, mais plutôt comme des « nuage[s] de points dont les liens tissés entre eux font réseau » (Amilhat Szary, 54). Ce réseau peut être observé dans les récits grâce à l’expérience des personnages migrants ayant réalisé clandestinement un parcours en Europe : les frontières sont devenues pour eux une donnée fondamentale de la condition humaine, une expérience de vie à laquelle ils sont soumis. La frontière constitue fréquemment « un lieu violent », dans lequel tel ou tel personnage se « trouve comme emprisonné dans cet espace intermédiaire dont le franchissement ne finit jamais » (Amilhat Szary, 110). Les personnages migrants – qui ne diffèrent aucunement de ceux qu’évoque sans cesse l’actualité médiatique – sont en état d’alerte constante, car ils risquent d’être contrôlés à tout moment et d’être finalement renvoyés dans leur pays d’origine. Afin d’éviter leur rapatriement, ils trouvent des stratégies telles que le mariage avec un ou une Européenne, ou ils se voient condamnés à une vie en cachette, dans une situation de clandestinité : « ― [S]oyons sérieux, d’abord j’ai pas été recalé. J’avais bien réussi mon entrée. J’étais là-bas depuis six ans, c’est un contrôle policier qui m’a surpris à la sortie d’un magasin… » ( DB , 12). Ceux qui ont migré légalement souffrent eux aussi, puisqu’ils sont toujours contraints à prouver leur identité et dans un certain sens, à prouver leur innocence dans ce non-lieu 9 que l’ailleurs peut constituer. L’histoire d’Asta Diop est à cet égard exemplaire. Asta voyage légalement en France mais n’arrive pas à effectivement entrer dans le pays. Son histoire nous fait remarquer les traitements dégradants auxquels sont soumis les migrants provenant du Sud : « [t]ous ces traitements humiliants parce que vous voyez en chacun de nous un futur immigré ! » ( DB , 16). Ses interactions avec les forces de l’ordre supposent toujours un rapport hiérarchique, étant donné que ceux-ci représentent l’autorité capable de laisser passer ou de refuser l’entrée de quelqu’un sur le territoire européen. Ayant tous les documents probatoires de la légalité de son voyage et séjour (une somme en argent, la lettre d’invitation, le certificat sanitaire pour les produits alimentaires qu’elle transporte), Asta se voit humiliée par tous les contrôles qu’elle subit. Lorsque même son gri-gri 10 est fouillé, elle « […] ressent une profonde blessure de ce qu’elle considère comme la profanation de son territoire sacré. » ( DB , 26). Après 9 Pour Marc Augé « [s]i un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu. » (100). 10 Le gri-gri est un type d’amulette destiné à conjurer le mauvais sort.
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