AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 224 Tougal ) que les frontières spatiales et sociales sont imbriquées, l’une favorisant l’émergence de l’autre : Avec une population cinq fois supérieure à sa capacité, avec des conditions sanitaires exécrables défiant toute norme d’hygiène, de salubrité et de simple décence, le Foyer devint vite une aberrante boursouflure dans un environnement jadis sélect et calme. Il imposa son rythme au quartier et, progressivement, avala tout l’espace — maisons, parcs et jardins — quand les résidents eurent quitté les lieux l’un après l’autre, mécontents d’une cohabitation jugée « dévoreuse », emportant leur colère, ne se privant pas de clamer sur tous les toits et à tous les micros la terrible injustice qu’ils avaient subie : avoir été « sauvagement agressés » selon leurs propres dires dans leurs habitudes, leur culture et leur droit à une vie tranquille conforme à leur propre idéal. ( DB , 125) Les classes sociales représentées dans cet extrait ne peuvent pas cohabiter. Les anciens résidents du quartier — des bourgeois —, jugeant n’avoir rien en commun avec les nouveaux arrivants et, adoptant une attitude empreinte de racisme ou de xénophobie, partent au fur et à mesure que les migrants s’y installent. Cela entraîne une transformation du quartier et une ghettoïsation des nouveaux habitants, qui deviennent ainsi restreints à une seule localité dans l’espace, et qui se voient exclus par la communauté autochtone, dans un processus de ségrégation socio-spatiale. Les frontières linguistiques peuvent ressortir, à leur tour, lors des interactions entre Africains et Européens. Malgré le fait que les migrants provenant de l’Afrique de l’Ouest (et notamment du Sénégal) peuvent en principe parler français, leurs interlocuteurs soulignent avec insistance leur éventuel accent ou vont jusqu’à leur parler en petit-nègre, ce qui caractérise une forme de discrimination basée sur des préjugés, supposant naïvement que les migrants noirs sont incapables de bien parler la langue de Molière. L’expérience féminine de la migration Parmi les frontières sociales, celles liées au genre sont particulièrement importantes et remarquables dans les œuvres de notre corpus : elles sont identifiées par les limites marquées entre le masculin et le féminin et toutes les implications qui en découlent. L’expérience migratoire en elle-même nous en offre un exemple : malgré le fait qu’aujourd’hui la plupart des migrants est constituée de femmes, notamment dans la catégorie du « regroupement familial » (Naïr 2007, 40), les hommes occupent la place prépondérante dans le contexte migrant. Nous avons donc toujours besoin de « rompre avec l’image d’une migration où seuls des hommes pouvaient être protagonistes », alors que les femmes, elles, « restaient au pays ou suivaient, subissant la
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