AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 226 La souffrance morale vécue par ces femmes est caractérisée également par le harcèlement qu’elles subissent, car, fétichisées, elles sont réduites à leurs corps et à leur sexualité. Cet « exotisme » lié au corps féminin de peau noire est comme un vestige du regard colonial qui semble toujours présent dans l’imaginaire européen. Dans Le Baobab fou , par exemple, nous observons que Ken travaille comme masseuse dans un sauna. Cependant, ses clients veulent toujours quelque chose d’autre d’elle : « [m]oi qui n’avais jamais appris le massage, je maniais poudre et chair sans savoir par où commencer. Le gros monsieur n’avait pas pris de sauna ; il voulait me toucher les fesses, les seins, dans le désordre. Je refusais. Je le massais comme je supposais logiquement le massage. La nausée me montait des entrailles. » ( BF , 106). L’érotisation des femmes noires entraîne parfois une rivalité avec les femmes blanches, ce qui ne favorise pas l’intégration des femmes noires dans le sein de la communauté à l’étranger : Mais elle ne voulait pas me laisser avec son mari. Pourtant je pensais qu’elle pouvait comprendre que Paul ne cherchait qu’un exutoire pour se déculpabiliser de la colonisation. Mais le mythe de la femme noire et de l’homme blanc et le fantasme inassouvi qui hantait ce dernier régnaient très fort. Hélène voyait en moi une femme dont les canons de beauté étaient à l’affiche de la mode. La femme noire couvrait les pages des magazines de mode et de pornographie. La jalousie l’emporta chez elle. Quel gâchis ! ( BF , 126-127) Outre ces discriminations du fait de leur couleur de peau, de leur genre, de leur statut ou de leur origine, ces femmes peuvent être victimes de violences domestiques, comme dans Cendres et braises , où la protagoniste se fait constamment agresser par son compagnon, qui finit par l’envoyer en hôpital psychiatrique alors qu’elle n’a pas de maladie mentale. Les femmes migrantes noires vivent donc une situation de subalternité liée à la condition intersectionnelle de leur expérience : « [l]’étrangère, ex- épouse d’un Français devient juste un ex-objet exotique. Et comme tout objet, elle n’a aucun droit, même pas celui de gagner correctement sa vie. » ( PN , 83). Malgré leurs différences, les femmes migrantes semblent toutes liées par la « tragédie » qu’elles vivent : « les femmes, toutes les femmes avaient le même destin. » ( BF , 66). Identité et altérité Dans le pays d’accueil, les Africains sont souvent vus par le biais d’un regard simpliste et d’une vision réductrice : ils sont perçus comme étant « les autres » et leurs différences sont réduites à des clichés et à des stéréotypes irraisonnables. Leur image est fréquemment associée à de
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