AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 227 mauvaises choses 12 . Le racisme, l’exotisme et la xénophobie auxquels ils font face sont des pratiques institutionnalisées. Les contrôles au faciès, c’est-à-dire des interventions fondées sur l’apparence physique (la couleur de peau) de la personne en question, sont une des conséquences de cette institutionnalisation 13 . Tout cela peut mener à des conséquences qui touchent profondément les migrants, telles que la solitude et les questionnements identitaires. L’expérience des frontières est ainsi vécue par les personnages non seulement par le fait qu’ils doivent les traverser, mais aussi dans la mesure où ils finissent par vivre la frontière eux- mêmes, leur condition pouvant devenir très problématique. Leur relation à l’Autre, à l’Européen, apparaît donc difficile. Certains migrants arrivent à s’adapter, mais non sans peine. Par le moyen de la parole, les migrants se voient constamment rappeler qu’ils ne sont pas à leur place, qu’ils n’appartiennent pas à la société cible, supposée « d’accueil ». Pour la narratrice du Baobab fou , « l’approche de l’autre était toujours une identification » (102) : à chaque fois « [l]e même processus démarrait : "mon pays, ma race, chez moi, chez vous autres" » (91). Nous observons ainsi un processus d’altérisation selon lequel il faut toujours se différencier pour avoir la possibilité éventuelle de s’intégrer. Établir des relations avec d’autres Africains sur le continent européen n’est pas non plus une tâche facile, puisque les frontières établies par les colonisateurs ont contribué à créer des oppositions entre des peuples africains, ce qui alimente des rivalités. La relation de soi avec l’Autre est ainsi modifiée du fait des limites sociales qui résultent des frontières spatiales : [j]e n’arrivais pas à me lier avec les Africains des autres nationalités. Les envahisseurs nous avaient séparés, portés les uns contre les autres et nous n’étions pas arrivés à nous en sortir. Et comment parler d’une lutte noire, d’un pouvoir noir, d’une culture noire, de l’unité africaine si nous n’avons pas encore résolu ce problème ? ( BF , 130) 12 Selon Sami Naïr, l’immigration est souvent assimilée à « l’insécurité, la violence des banlieues, les difficultés du voisinage dans les quartiers pauvres » et, « tout particulièrement dans les textes officiels de la plupart des États et de l’Union européenne […] la lutte contre "l’immigration clandestine, la drogue, la criminalité et le terrorisme" est une formule devenue banale. » (Naïr, 12). 13 Selon l’Open Society Justice Initiative, « [l]e profilage ethnique, ou contrôle au faciès, se définit comme le recours par les forces de l’ordre, pour appuyer leurs décisions et tenter de déterminer quels individus sont susceptibles d’être (ou d’avoir été) impliqués dans des activités criminelles, à des généralisations fondées sur l’appartenance ethnique, la race, la religion ou l’origine nationale supposée des individus, plutôt qu’à des soupçons raisonnables, des indices objectifs ou des critères liés au comportement des personnes concernées. » (2013, 5).
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