AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 228 Pour les personnages qui ont vécu depuis l’enfance une situation de déchirement, d’entre-deux, c’est-à-dire pour ceux qui ont une identité incertaine en quelque sorte, cette souffrance s’aggravera lorsqu’ils vivront à l’étranger et qu’ils découvriront une culture différente de la leur. Dans le désir de se faire accepter au pays d’accueil, ils pourront subir des transformations dans leurs habitudes, dans leur comportement, dans leur façon de s’habiller, de parler, etc. Lorsqu’elles sont exacerbées, toutes ces transformations peuvent entraîner une assimilation telle que celle subie par Diattou Bari dans L’Appel des arènes : après un séjour en France, elle abandonne sa culture africaine pour devenir comme les Occidentaux. De retour en Afrique, Diattou est perçue comme n’étant « ni une noire, ni une blanche » en raison de ses habitudes et de sa manière de vivre ( AA , 148). Ainsi, nous constatons que dans l’attente d’être intégrés, certains voient leur propre identité menacée et habitent un entre-deux constant. Conclusion Dans les œuvres littéraires ici étudiées, le rapport à la spatialité est vécu différemment par les personnages africains et européens. Malgré la facilité relative des personnages africains pour se rendre dans les pays voisins à l’intérieur du continent, une pareille liberté de déplacement est presque impossible en dehors de l’Afrique. Le paradoxe des frontières subies par eux est constitué du fait qu’ils ont vécu l’imposition des frontières spatiales de leur territoire (imposition exercée de l’extérieur) ; ils ont dû s’adapter à la culture des colonisateurs, mais dès qu’ils partent vers les anciennes métropoles, ils se voient souvent empêchés d’accomplir leur objectif, à cause d’une série de préjugés (parfois justifiés par la faiblesse de leur passeport 14 ). Florence Paravy résume bien cette situation en affirmant que : [e]xercer un pouvoir sur [l’]espace, c’est d’abord y être libre de ses déplacements, pouvoir maîtriser et dépasser distances et frontières. C’est aussi exercer une autorité sur les êtres qui l’habitent. Cette autorité s’exprime notamment par la place accordée à l’autre dans cet espace, par le champ d’action et de mouvement qu’on lui permet ou qu’on lui impose. […] Le détenteur du pouvoir a la liberté de se déplacer comme il l’entend, non seulement au sein de l’espace dans lequel il règne, mais aussi au-delà des frontières, dans des espaces indépendants de son pouvoir, et il se différencie par là du commun des mortels, dont les déplacements 14 Cf. Amilhat Szary : « [a]ujourd’hui, selon le type de passeport que l’on a sur soi, on peut avoir accès de 28 à 173 pays, ce qui dessine un monde à géométrie très variable : les uns peuvent, sans visa, avoir accès à 4.3 milliards de leurs semblables et découvrir 73 millions de kilomètres carrés quand les autres sont restreints à 230 millions de personnes sur seulement 5 millions de kilomètres carrés ! » (2015, 107).

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