AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 21 par des obligations mutuelles est plus fondamental que toutes les autres obligations. Les « significations partagées » 6 , c’est à dire la culture, l’histoire et les valeurs, justifient les décisions prises en commun, dont celle de ne pas partager l’appartenance et donc de fermer les frontières. L’appartenance est ainsi conçue comme un bien premier ou un « bien dominant » 7 . L’idée du nationaliste (qui n’est pas nécessairement méchant) est de dire que nous sommes fondés, en vertu de notre commune appartenance culturelle , de tracer des frontières politiques . Cela suppose en effet que la nation est première. Qu’il existe, préalablement au politique, un ensemble de traits culturels, religieux, ethniques partagés. Pour un nationaliste, ce n’est pas le politique qui unifie le corps des citoyens ; c’est la nation qui est la précondition culturelle de l’autodétermination politique. Cette idée est profondément ancrée dans nos traditions politiques. C’est un héritage direct du principe d’autodétermination des peuples énoncé en 1918 dans ses « 14 points » par le président Woodrow Wilson ; elle a été confirmée tout au long du 20 e siècle. Il suffit de penser aux révolutions d’indépendance ou aux décolonisations où la quête de l’autonomie était fondée sur un désir de reconnaissance d’une spécificité culturelle. Les frontières permettent ainsi d’ordonner les rapports entre les sociétés politiques et les rapports aux « autres » au sein même des sociétés. C’est en traçant des frontières que les sociétés se comprennent comme des ensembles politiques animés par un même objectif, un projet commun. Les citoyens nationaux participent aux décisions de leur communauté politique et co-déterminent le sens de leur vivre-ensemble. Cette attention à la codétermination, propice à la justice sociale, fait pencher les nationalistes du côté des valeurs de la démocratie et du libéralisme. Mais elle porte aussi, en son cœur même, le principe d’exclusion. Voici pourquoi. D’abord parce que les communautés politiques démocratiques sont autonomes les unes vis-à-vis des autres, elles organisent une légitimité politique interne, mais leurs lois affectent d’autres individus et d’autres ensembles politiques qui ne contribuent pas à les élaborer. L’exemple de la migration le montre, je reviendrai sur cet argument infra . Ensuite parce que le concept de nation comme « corps culturel », où la ressemblance, 6 Selon le terme de Michael Walzer. Voir notamment Sphères de Justice : une défense du pluralisme et de l’égalité , trad. par Pascal Engel, Paris, Seuil, 1997, le chapitre 2 en particulier. 7 Voir Astrid von Busekist, Michael Walzer, Penser la Justice , Paris, Albin Michel, 2020, p. 229.

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