AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 232 son maître : « Même si je n’adhère pas tellement, aujourd’hui, au contenu de ses thèses, je garde un vrai amour de lui, et une grande reconnaissance. Ce qui chez Barthes m’est resté cher est une attitude, des gestes, son sourire, le grain de sa voix... » (Todorov 2002, 87). Virgil Tănase est né en Roumanie, à Galați, en 1945. « Enfant de la guerre », il fait de ce statut une sorte d’obsession créatrice, l’événement originel dont dérivent maints de ses motifs littéraires. Sa ville natale est située au bord du Danube, ce même fleuve qui définit l’identité de Todorov et dont la présence se fait sentir au fil des romans de Tănase. Fait tout à fait anecdotique : Tănase est le traducteur en roumain de l’un des ouvrages de Todorov ( Introduction à la littérature fantastique ) : Introducere în literatura fantastică (1973). Quatre ans après la parution de cette traduction, en 1977, il s’exile en France, où il soutiendra une thèse sous la direction de Roland Barthes. Comme Todorov, Tănase aura gardé de Barthes un très bon souvenir lié à sa générosité. Ainsi, à la fin de leur premier rendez-vous à son bureau, rue de Tournon, au sujet de la thèse qu’il allait rédiger et soutenir une année plus tard, Barthes lui aurait lancé : « Monsieur Tănase, surtout ne vous sentez pas seul ! » (Tănase 1990, 159). Autre fait anecdotique : Virgil Tănase aura co-dirigé à Paris, avec Dumitru Tsepeneag, une revue littéraire intitulée Seine et Danube (2003-2005 ; la revue est rééditée à partir de 2010 en une nouvelle série, en ligne, sous la houlette de l’Association des Traducteurs de Littérature Roumaine). Exils Puisque l’exil suppose le passage d’une ou de plusieurs frontières, dans un premier temps j’évoquerai précisément le statut d’exilés de ces deux écrivains. Ceci établi, encore faut-il ajouter que tous les deux, aussi bien Tzvetan Todorov que Virgil Tănase, ont été des exilés un peu malgré eux... Qu’en est-il plus concrètement ? Dans le même ouvrage co-écrit avec Catherine Portevin, Devoirs et délices. Une vie de passeur , Todorov mentionnait au sujet de ses premiers mois passés en France : « Je ne voulais absolument pas devenir un exilé. Je tenais trop à mes amis, aux relations humaines. » (2002, 58) Parti initialement pour une simple année d’études à l’étranger avec une bourse octroyée par une tante exilée elle-même, Todorov finira par s’y fixer. C’est une lettre de son père parvenue de Bulgarie qui le convainc de rester à Paris, de ne pas retourner au pays natal, alors soumis comme tous les pays de l’Europe orientale à la dictature communiste. Todorov comprend que retourner en Bulgarie serait faire ses adieux à la liberté d’expression trouvée à Paris et à toute possibilité d’épanouissement intellectuel sur le long terme. Son parcours ultérieur ne fit que confirmer le bon sens de cette décision. Qui plus est, Todorov était doué d’une grande capacité

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