AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 238 existe en l’être humain quelque chose qui échappe à la raison (raison raisonnante), donc il mise sur la logique du rêve, se positionnant à l’encontre de la logique mathématique – cette dernière capable de créer « un monde où il n’y aurait ni étoiles, ni Dieu, ni dinosaures et où tout obéirait à des raisons mathématiques », comme Tănase l’affirme dans son roman L’amour, l’amour, roman sentimental (1982, 212-213). Comme on l’a vu, Virgil Tănase parle de métaphore narrative à propos de sa propre création, qu’il s’évertue à illustrer dans tous ses romans, pensant rendre ainsi acceptable la chair du monde. Utiliser la métaphore narrative c’est réunir non pas deux images différentes (comme dans la métaphore courante), mais deux ou plusieurs histoires sans aucun lien logique et, ce faisant, faire naître une autre histoire. Ce positionnement en guerre contre la logique n’a pas empêché Virgil Tănase d’affiner de roman en roman une vraie philosophie de l’Histoire au moyen même de la narration oniriste. La vision qui prédomine est plutôt pessimiste et quelque peu antimoderne. Tănase voit dans l’Histoire un monstre glouton, qui renvoie toute idéologie et tout combat politique à leur caractère pervers : « Nous luttons toujours avec le même monstre » (Tănase 2009, 384), lance l’auteur dans son roman Zoïa , à travers la voix de l’un de ses personnages, l’écrivain Haralamb Savescu, qui poursuit ainsi la description de ce monstre : Ce n’est pas tel ou tel régime social ou politique, telle ou telle dictature, que nous affrontons, mais encore et toujours cette bête immonde – je dis immonde mais je n’en sais rien ! cette masse gluante qui se sert de nous pour avoir une forme. Une pâte que nous encapuchonnons telle une marionnette en chiffon qui gante la main du maître. Nos gestes sont ceux de ses doigts et nos pensées font affleurer à la lumière du jour la boue que constitue le monde, la même dans tout ce qui existe : bêtes, végétaux, astres morts qui pulsent dans les espaces infinis. […] les institutions que nous saluons ou contestons ne constituent qu’un aspect très transitoire, extérieur, d’une réalité plus profonde […]. (Tănase 2009, 384). Les protagonistes de cette course ininterrompue de l’Histoire sont partagés entre « prédateurs » et « victimes » (Tănase 2009, 136), ou encore entre « loups » et « agneaux », entre « brutes » et tous les « faibles », « naïfs » et autres « purs » (Tănase 2009, 216). Survivent aux soubresauts ceux « qui changent de veste comme de chemise et s’adaptent toujours mieux que les autres espèces dont ils se nourrissent depuis le commencement du monde » (Tănase 2009, 136). L’un des personnages compare même l’Histoire à une « vieille pute sénile [qui] ne ressuscite que si on lui donne à sucer un peu de sang frais » (Tănase 2009, 137). théorique des auteurs à ce sujet, auparavant éparpillé dans différentes revues (Dimov, Țepeneag 1997).
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