AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 244 transfrontalité dans l’œuvre djebarienne s’appuie essentiellement sur la notion géocritique appelée par BertrandWestphal l’« intercontextualité » (165) qui consiste en la représentation littéraire des espaces par réaménagement, métamorphisme permanent, amoncellement stratifié et superposition de plusieurs couches spatiales. Cette notion nous permet de définir la dynamique scripturale déterritorialisante, pour reprendre les termes dudit théoricien, qui donne à lire la dimension spatiale intéressant notre propos comme le lieu de l’éclatement général des repères et des positions ; elle serait donc un espace sans référent, un excursus utopique (Westphal, 165). Nous pensons que cette transfrontalité ne vaut que par le sens qu’elle engendre : la volonté d’Assia Djebar de réconcilier deux pays auxquels elle est foncièrement attachée, la France et l’Algérie, à travers des lieux assumant le rôle de trait d’union culturel et par là même, l’ultime refuge de son identité « rhizomatique ». Notre approche de la transfrontalité djebarienne s’organise en quatre sections. La première examine le rapport de l’écrivaine à la langue française ; lequel rapport nous interpelle à bien des égards car outre le fait qu’il soit tributaire de la déterritorialisation spatiale de cette langue de la France à l’Algérie suite à la colonisation de 1830, nous pensons qu’il est fondateur de la perception de l’écrivaine des lieux des deux pays et même d’elle-même. La deuxième section interroge la mobilité transgressive des frontières et son rôle dans le brouillage hétérotopique (Westphal, 180). La troisième section s’intéresse, quant à elle, aux genres littéraires et artistiques convoqués par l’écriture dans la mise en relief de la transfrontalité spatiale. En fin de parcours, la quatrième section couronne notre étude de la transfrontalité djébarienne en considérant sa signifiance. La langue française, foyer d’une transfrontalité en gestation Traiter de la problématique de l’espace et de la frontière dans les œuvres d’Assia Djebar consiste forcément à traiter avant tout du rapport de cette dernière à la langue française. De par cette langue, qui fut celle du colonisateur pour les pays du Maghreb, Djebar arrive à transcender ses racines, ses origines, d’aller au-delà de la terre de ses aïeux non pas pour les trahir mais pour mieux en parler. Nous lisons dans Vaste est la prison des propos révélateurs de ce pouvoir de la langue française à faire transcender l’écrivaine toutes les frontières : « C’est dans la langue dite "étrangère" que je deviens de plus en plus transfuge […]. Ayant perdu […] ma richesse de départ […] celle de l’héritage maternel, et ayant gagné quoi, sinon la simple mobilité du corps dénudé, sinon la liberté. » (Djebar 1995a, 172). De cette langue considérée comme « étrangère » au pays autochtone, Assia Djebar en tire un bénéfice et pas des moindres. Il s’agit

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