AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 246 Une mobilité qui dénoue la langue. Elle est porteuse d’une procession de paroles qui crée « des trajets d’écoutes » (Djebar 2002, 8-9). Des trajets de vies longtemps ensevelis émergent sous la plume de l’écrivaine en langue française et dessinent à leur tour des trajets d’écriture qui mettent en relief toutes les pratiques transfrontalières dans l’œuvre de Djebar. Principalement celle spatiale. Dynamique de la mobilité, la transfrontalité spatiale en œuvre La dynamique de la mobilité est générée par le procédé de la déterritorialisation qui configure le déplacement des personnages djebariens dans une spatialité affranchie de toutes circonscriptions. Ce procédé est mis en œuvre dans tous les écrits de l’auteure et crée un réseau de corrélations spatiales « intercontextuelles » où chaque lieu fait écho à un autre, d’un récit à l’autre à travers la plurivocalité qui l’assume. Pour comprendre le recours de l’écrivaine à ce procédé, il est nécessaire de considérer ses déclarations sur ses modalités d’écriture : Je suis loin de l’Algérie pour écrire depuis maintenant dix-sept ans. Car pour écrire il faut que je vienne en toute liberté et comment dire ? À l’aise et même avec bonheur de l’espace […] j’ai une sorte d’ivresse de l’espace et j’ai besoin de cela pour écrire comme une romancière, un écrivain et pas comme un journaliste. (Rieck) Nous retenons de ces propos que Djebar place cette mobilité déterritorialisante à la genèse même de son écriture : « l’ivresse de l’espace » abreuve toute son écriture et elle ne manque pas de l’afficher au seuil de ses écrits. En effet, la plupart des titres de ces romans et nouvelles sont constitués de toponymes ou d’indications de lieu : Femmes d’Alger dans leur appartement ; Loin de Médine ; Oran, langue morte ; Les Nuits de Strasbourg ; Vaste est la prison ; Nulle part dans la maison de mon père ; Le Blanc d’Algérie. Dans les textes, au-delà des noms qui la désignent, la structure spatiale se dessine à travers les déambulations/errances des personnages féminins du fait que cette spatialité n’est pas une donnée explicite du texte, elle se construit indépendamment du référent locatif dont elle convoque le dénominatif. Il s’agit du principe du « brouillage hétérotopique » par lequel Westphal (165) désigne le travail de la fiction à brouiller son rapport avec le réel. La spatialité djebarienne se donne ainsi à lire comme à la fois multiple et unique. La ville d’Alger dans le recueil de nouvelles Femmes d’Alger dans leur appartement s’établit, de prime à bord, comme un espace « englobant » rues, immeubles, hammams, appartement. Toutefois, le
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