AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 248 fugueuses, à l’Islam » (1991, 37). En lectrice de roman, Jeanne-Marie Clerc explique que l’action de ces femmes a trouvé grâce aux yeux du prophète : [il] exaltera leur courage d’être sorties de leur maison et d’avoir bravé l’exil « ni pour un époux ni pour un bien de ce monde ». Ainsi se constitue, dans les premières années de l’Hégire, un peuple de femmes « migrantes » dont la vocation première au nom de Dieu est la mobilité au sein du désert. Ces filles d’Agar l’expulsée choisiront elles-mêmes l’expulsion hors de la demeure familiale pour tenter l’aventure d’un Dieu qui, à travers Mohamed, les entraine au Désert. (2005, 162-163) Cette mobilité/cet exil fait ainsi des premières femmes de l’Islam des combattantes du désert, parmi lesquelles figure Selma qui inaugure la tradition des femmes guerrières en prenant la place de son frère mort dans « les poursuites au désert » (Djebar 1991, 35). Un autre destin dont les maux s’inscrivent sur les grains du sable du désert d’Arabie est raconté dans Loin de Médine , celui de Sirin, sœur de Maria la Copte envoyées en « cadeau à Mahomet par le patriarche d’Alexandrie et qui redevenue libre après bien des années à Médine choisit, non de revenir à ses lieux d’enfance mais d’aller encore plus loin à l’est, mourir à Basra, en exilée permanente, protectrice des servantes, des esclaves, des femmes sans appui » (Djebar 1991, 200). Huit ans après la publication de ce roman, Djebar écrit dans Ces voix qui m’assiègent : « ainsi, dans une religion qui commence avec émigration quasiment sacralisée, la femme devient une émigrante constante, sans point d’arrivée, une migrante. La plus belle dénomination en culture islamique » (1999, 49-50). La transfrontalité s’appuie, en ce sens, sur un mouvement migratoire dont la motivation est principalement religieuse. Du désert d’Arabie à celui d’Algérie, Djebar poursuit la narration de cette sorte de nomadisme au féminin en mettant en lumière dans Vaste est la prison (1995) la mobilité de la reine Tin Hinan, « l’ancêtre des Touaregs nobles du Hoggar » (161) menant à travers le désert « une caravane féminine » (162). Le mouvement de cette procession de femmes que Djebar s’attèle à retracer va au-delà des confins du Désert. Il se poursuit dans toutes les régions d’Algérie, de l’Oranie en passant par la ville de Césarée devenue Cherchell jusqu’au Constantinois et même plus loin comme si ces femmes sont « ancrées dans ce désir d’être sur plusieurs lieux à la fois, malgré l’effort d’immobilisation que leur impose le mâle », comme le déclare Djebar dans une interview donnée à l’émission « Panorama » sur France Culture le 15 avril 1995. Cette mobilité transgressive des frontières spatiales et des limitations socio-culturelles emporte le personnage de Theldja à Strasbourg, laissant derrière elle, en Algérie, son époux et son fils. L’histoire de ce personnage s’étale, d’une
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