AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 251 monologue lyrique par le moyen duquel Djebar raconte l’errance de Hagar/Agar et de la masseuse dans le désert qui va d’Arabie à Alger. Dans Loin de Médine l’écrivaine donne, selon Jeanne-Marie Clerc, une image singulière du désert qui contraste avec celle d’un lieu aride et stérile. L’image djebarienne l’associe à celle de la « terre mère […] où les signes ténus de la vie élémentaire libèrent leur corps [celui des femmes] et donnent sens à leur existence […] d’être libres » (2005, 165). Cette image du désert donneur de vie est rendue par le monologue poétique des « voix d’hier » évoquant l’exil d’Agar par cette strophe : Agar dans le désert avant que ne jaillisse la source. Elle va et vient entre la première et la seconde colline, Elle danse, elle prie, elle délire, de tout son corps incontrôlé Elle va et vient dans les transes et le blanc de l’effroi (Djebar 1991, 303) Plus tard une autre voix, celle « d’aujourd’hui », fait écho au récit inspiré de la genèse : Fille d’Agar dit-elle Dit toute femme dans le désert d’Arabie Oui d’abord descendante de celle qui va et vient entre Safa et Merva, avant de nous savoir filles d’Ismaël… (Djebar 1991, 305) Cet hymne lyrique, rajoute Jeanne-Marie Clerc, contribue à définir l’expérience féminine du désert comme une structure ternaire : l’expulsion d’Agar, l’errance perdue qui devient danse, danse dans l’entre- deux des dunes entourant les puits encore inaperçus (2005, 166). Quant à la « masseuse » dans Femmes d’Alger dans leur appartement , c’est sous forme de Diwan 4 qu’elle nous livre sa perception d’Alger. Ce diwan est produit suite à sa chute au bain où elle travaille et son transport au bord de l’ambulance pour se faire soigner à l’hôpital : L’ambulance fonçant pour moi […] n’ayant cure des artères qui montent, entre des falaises d’escalier qu’hier encore je descendais […]. Je circule, moi la femme, toutes les voix du passé me suivent […], voix multiples trouant la ville à midi métamorphosée […] : méandres de rues qui s’incurvent entre des balcons […], à présent hauteurs de la ville […] : l’hôpital est-il loin encore, la chirurgienne se prépare-t-elle, […] ? (Djebar 2002, 109-110) 4 Le « Diwan » est un récit poétique pratiqué avec passion dans l’Orient médiéval. Il vise à « éclairer la vie, puis à ordonner son savoir ; il prend l’aspect d’un discours en fragments » (Chikhi, §10). En effet, le « diwan » de la « masseuse » est le récit de sa vie racontée non pas selon l’ordre chronologique du déroulement des événements mais par rapport à des segments textuels qui s’inscrivent sous forme de citations, ne dépassant pas un paragraphe.

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