AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 257 cloisonnement générique rhétorique, littéraire et artistique. Cette dynamique à la fois anti-générique et asystématique, qui va à l’encontre de toute codification formelle systématisée, se réclame de la mixité des genres littéraires, du brassage des expressions artistiques, voire de l’échange, sans frontières, entre les imaginaires culturels de la totalité-monde. S’agissant des aboutissants de cette dynamique d’échanges et de brassages, ils sont, à en croireGlissant, incalculables et imprédictibles. De ce fait, l’art, toujours selon Glissant, ne peut se concevoir que dans une optique « composite » (2006, 134) reflétant l’emmêlement et cultivant le brassage, et ce, loin de toute stase affectant des formes génériques cloisonnées et fixes. De la sorte, l’art épique romanesque glissantien sera en mesure de participer à l’épanouissement de la culture archipélique caribéenne. Signalons ici que l’on ne parle pas exclusivement de Glissant, en tant que romancier, poète, dramaturge ou historien, mais plutôt d’un artiste ouvert à toutes les notions et à toutes les techniques esthétiques qui pratiquent le brassage et l’hybridation, participant de fait à la réactivation de tous les genres littéraires et formes artistiques autant que de toutes les modalités de la connaissance et des expressions humaines, comme le confirme Glissant dans Le Discours antillais : La parole de l’artiste antillais ne provient donc pas de l’obsession de chanter son être intime ; cet intime est inséparable du devenir de la communauté. Mais cela que l’artiste exprime, révèle et soutient, dans son œuvre, les peuples n’ont pas cessé de le vivre dans le réel. Le problème est que cette vie collective a été contrainte dans la prise de conscience ; l’artiste devient un réactiveur. C’est pourquoi il est à lui-même un ethnologue, un historien, un linguiste, un peintre de fresques, un architecte. L’art ne connaît pas ici la division des genres. Ce travail volontaire prépare aux floraisons communes. S’il est approximatif, il permet la réflexion critique ; s’il réussit, il inspire. (1981, 439) Dans quelles mesures alors la contre-épopée romanesque glissantienne épouse-t-elle la « pensée nouvelle des frontières » (Glissant 2009, 57) dans l’objectif d’abolir la codification générique oratoire, littéraire et artistique, s’inscrivant dans un confluent transgénérique et se plaçant dans une mouvance esthétique interactionnelle ? L’imaginaire des frontières et la transgénéricité romanesque glissantienne Il n’est pas inintéressant pour nous de signaler tout d’abord que le principe de frontière , dans la logique et l’esthétique glissantiennes, ne doit nullement être appréhendé en le liant viscéralement aux termes de limites, de barrières, de cloisonnage ou de dislocation, loin s’en faut. Il ne peut avoir du sens, ni être opérationnel que lorsqu’il s’inscrit pleinement

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