AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 258 dans les processus de métissage, de multilinguisme et de créolisation, renforçant le dialogue culturel entre les diverses régions et culture de la « totalité-terre ». C’est ainsi que Glissant revisite, dans Philosophie de la relation , le concept de « frontière » : L’idée de la frontière nous aide désormais à soutenir et à apprécier la saveur des différents quand ils s’apposent les uns aux autres. Passer la frontière, ce serait relier librement une vivacité du réel à un autre […]. Les frontières entre les lieux qui se sont constitués en archipels ne supposent pas des murs, mais des passages, des passes, où les sensibilités se renouvellent, où l’universel devient le consentement à l’impénétrable des valeurs l’une en l’autre accordées, chacune valable en l’autre, et où les pensées du monde (les lieux-communs) enfin circulent en l’air. (2009, 57-58). Soulignons dans ce contexte que la notion de frontière se place sous le signe de la poétique de la Relation et acquiert de nouvelles connotations, lesquelles sont essentiellement corollaires ou coextensives aux dynamiques d’échange, d’interaction et d’interrelations. En d’autres termes, elle se défait irrémédiablement de toute modélisation culturelle ainsi que de toutes formes d’universalisation standardisante pour embrasser le différent et épouser le divers. C’est cette analyse qui se trouve développée dans Une nouvelle région du monde : L’inouïe diversité des leçons de l’art dans le monde pourrait-elle être conçue sous les catégories de quelques modèles, partout transposables ? Et pourquoi devrait- il en être ainsi ? La diversité pour nous est la façon unique et innombrable de se figurer le monde et de rallier ses peuplants, sa multiplicité est le principe en effet de son unité. De l’infinité des lieux du monde, jadis les humanités ont cherché, d’une infinité de manières, à retrouver la liaison magnétique. (2006, 36-37) Corollairement, la pensée nouvelle des frontières s’appréhende chez l’écrivain martiniquais « comme étant désormais l’inattendu qui distingue entre des réalités pour mieux les relier, et non plus cet impossible qui départageait entre les interdits pour mieux les renforcer » (Glissant 2009, 57). Il faut souligner à ce niveau que la conception sémiologique glissantienne des genres littéraires s’inscrit dans la droite ligne de sa poétique du Divers et de sa philosophie de la Relation. Celles-ci tiennent à réhabiliter les sociétés et cultures composites et rompent avec le modèle culturel atavique et avec l’identité à racine-unique pour cultiver l’identité rhizomatique, l’hétérogène et le divers. En outre, la conception des genres littéraires propre à l’écrivain martiniquais se place dans une perspective d’entrecroisement générique, dans la mesure où elle fonctionne en corrélation et de façon concomitante avec l’interprétation de l’impulsion

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