AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 261 Les rhétoriques traditionnelles continuent d’être unilingues et unilatérales. Elles ne conçoivent pas les diffractions de nos temps ni les écarts ni les vertigineuses attractions de toutes les langues données. Elles ne se conçoivent qu’en l’exercice d’une seule langue, laquelle a délimité ses périodes dans la linéarité que nous avons dite (avant et après Jésus-Christ). (1997e, 112) Il n’en demeure pas moins que le romancier martiniquais évacue toute « généralité normative » (Glissant 1997e, 115), balayant d’un revers de main autant les codages sclérosants que les modèles uniformisants. Il se détermine plutôt pour « une transrhétorique non universalisante » (Glissant 1997e, 115). Laquelle constitue un levier pour tous les imaginaires poétiques qui interagissent inconditionnellement les uns avec les autres en se plaçant sous le sceau de : « L’esthétique du chaos-monde […] qui est donc ce que nous nommions l’esthétique de l’univers, mais désencombrée des valeurs a priori [et qui] globalise en nous et pour nous les éléments et les formes d’expression de cette totalité, elle en est l’action et la fluidité, le reflet et l’agent en mouvement » (1990, 108-109). La dynamique argumentative glissantienne vise principalement à influencer l’auditoire de l’écrivain-orateur antillais qui tâche de remporter l’adhésion de ses lecteurs. Car, selon Gisèle Mathieu-Castellani, « il faut bien […] restituer à l’ancienne éloquence sa véritable dimension, celle d’une science humaine transdisciplinaire annexant hardiment tous les savoirs connus, pour mesurer la visée et la portée de ces analyses » (3). Il est ici besoin de remarquer que, dans cette mesure, où « l’orateur doit posséder l’ensemble des savoirs » (Mathieu-Castellani, 14) et où « [l]’art oratoire a besoin du concours de tous les arts et sciences » (Mathieu-Castellani, 14), il sera question de comprendre comment l’écrivain martiniquais s’érige en « historien » (Glissant 2003, 149) et en « ethnologue » (2008b, 121). Autrement dit, l’on tentera d’appréhender la manière dont sa transrhétorique alimente son art romanesque des apports de l’Historiographie et de ceux de l’ethnographie. Rappelons, dans ce cadre, que la rhétorique glissantienne, dans son versant ethno- historique, s’emploie à rendre compte d’une dimension anthropologique, dont l’appréhension n’est pas donnée d’entrée de jeu, en raison de la Traite négrière. C’est ce à quoi l’auteur fait allusion dans Sartorius. Le roman des Batoutos (1999), en faisant la lumière sur le manque de repères chronologiques dans l’Histoire des transbordés, lequel manque incarne symboliquement et/ou métaphoriquement « un maelström indébrouillable » (243). En conséquence, Glissant procède à un changement de focus historique dans l’objectif de percer les arcanes de la véritable Histoire des Antillais : « Se battre contre l’un de l’Histoire pour la
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