AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 262 Relation des histoires, c’est peut-être à la fois retrouver son temps vrai et son identité […] » (1981, 159). Cela revient à dire que l’argumentation qui résulte de la rhétorique glissantienne met à contribution les vérités historiques et, partant, forge une sorte d’ethnographie archéologique pour clouer au pilori les systèmes génériques clos et compartimentés. L’analyse de l’historien et ethnographe caribéen, dans Les Entretiens de Baton Rouge , revêt une importance capitale : C’est pourquoi j’ai pensé que nous sommes toujours des ethnologues de nous- mêmes. L’écrivain est l’« ethnologue de soi-même », il intègre dans l’unicité de son œuvre toute la diversité non seulement du monde, mais aussi des techniques d’exposition du monde. Alors le dépassement des genres est rendu nécessaire par cette situation nouvelle, il ne s’agit pas tellement ni seulement, dans cette situation, d’exprimer des communautés, mais d’exprimer des communautés dans leur corrélation vive à d’autres communautés, ce qui libère les individus et modifie la perspective des littératures. (2008b, 121) Au sujet de ce « dépassement des genres », qui s’avère en totale harmonie avec l’esthétique du chaos-monde, il importe de signaler qu’il s’agit d’une manifestation de la transgénéricité oratoire qui en est à l’origine. Il faut remarquer ici que la violation ou l’abolition des règles et des canons génériques littéraires dans le projet esthétique glissantien répond en écho à l’interpénétration des genres oratoires inhérente à la création romanesque du penseur caribéen, qui ne peut qu’afficher sa prédilection particulière pour « l’inter-rhétorique », « l’inter-intrusion » et « l’inter-poétique » (Glissant 2008a, 348). Chez Glissant, en effet, pour qu’il y ait créolisation générique littéraire et artistique, il faut, sans doute, qu’il y ait une dynamique de transgénéricité oratoire. Pour mémoire, la transgénéricité rhétorique ne peut se concevoir, dans notre approche de l’art romanesque glissantien, loin des circonstances historiographiques, ethnographiques et anthropologiques dans lesquelles se trouve l’homme caribéen. Nous avons affaire à un être déraciné de sa terre natale, l’Afrique, transbordé dans des conditions déplorables vers l’univers des plantations où sévissent l’assujettissement et l’exploitation les plus inhumains. Il s’agit en quelque sorte d’une thérapie transgénérique oratoire qui est à l’origine de ce que Glissant désigne par la « poétique de la durée » (1981, 247). Elle repose sur l’interpénétration des genres oratoires, c’est-à-dire qu’elle s’articule sur un continuum historique qui ne peut se passer ni du passé, ni du présent, ni encore du devenir de la communauté antillaise. En d’autres termes, cette transgénéricité oratoire ou cette transrhétorique est en mesure de transfigurer le trauma de la

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