AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 267 « L’odeur du temps nous trouble. Chaque bout de vent nous bat de son torchon tressé en corde : nous ne nommons aucune de ces volées ; tout comme j’ai longtemps balancé à distinguer, au long des ans passés, le mahagoni qui est au principe de cette histoire et les trois ébéniers qui en bornèrent le théâtre. » (1987, 14). S’inscrivant dans cette dynamique transgénérique, régie par ce que Glissant appelle significativement « la liaison magnétique » (2006, 36), le théâtre importe beaucoup pour le griot et dramaturge caribéen, en ce sens que la théâtralisation permet aux Antillais de se prémunir contre les formes d’aliénation culturelle. C’est ce que pointe Glissant dans Le Discours antillais : « L’expression " théâtrale" est […] nécessaire . (a) Dans son aspect critique : pour contribuer à la liquidation des représentations aliénées. (b) Dans son aspect dynamique : pour contribuer à l’opération fondamentale par laquelle un peuple échappe à la limitation de l’expression folklorique, à quoi on le réduit » (1981, 405-406). Par ailleurs, cette expression littéraire théâtrale acquiert une importance cruciale : elle constitue un levier incontournable à l’élaboration d’une conscience collective chez une communauté déportée dans l’archipel des Caraïbes pour être domestiquée et exploitée : « Le théâtre est l’acte par lequel la conscience collective se voit, et par conséquent se dépasse. En son commencement, il n’est pas de nation sans théâtre. » (Glissant 1981, 396), lira-t-on ainsi dans l’ouvrage précité. Dans quelles mesures le romancier-orateur antillais mobilise-t-il les diverses expressions artistiques dans l’objectif de changer la donne géopoétique depuis l’île et l’archipel ? La transgénérisation artistique À bien méditer sur la transgénérisation artistique chez Glissant et cette hybridation de tant d’expressions artistiques dont s’enrichit sa contre- épopée romanesque, l’on s’avise d’être face à une œuvre prismatique dont la réception et le décodage exigent qu’on s’arme de plus d’une boîte à outils critique. Dans cette dynamique anti-mimétique et anti-générique dont le maître-mot est la création de genres nouveaux, l’écrivain antillais procède sciemment aux « métissages inouïs entre les arts ». C’est ce qu’il soutient fortement dans Les entretiens de Baton Rouge : La littérature n’évoque plus en profondeur d’approcher l’être, elle chercherait en étendue à dévoiler la relation. Elle relativise en absolu. Cela ne peut pas être développé à l’intérieur d’un genre, cela nécessite la multiplication et l’intrication des genres littéraires et artistiques. Et peut-être qu’au bout de cet effort, il germera d’autres genres, qui enfin apparaîtront, et dont nous n’avons ici aucun moyen de deviner ce qu’ils seront ni quand ils s’engendreront. Nous nous efforçons, n’est-ce pas, vers eux. De l’intégration ou de l’effacement ou de la

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