AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 268 résurrection de tous les genres, théâtre, essai, roman, poésie, peut-être naîtront ces autres genres. Peut-être connaîtrons-nous des métissages inouïs entre les arts ? Mais que seront-ils, nous ne le savons pas encore. L’écrivain d’aujourd’hui est toujours un écrivain futur. (2008b, 121-122) Partant, Glissant tâche de mettre fin à une ère esthétique, régie par la codification formelle et le cloisonnement générique et artistique, pour inaugurer une « esthétique nouvelle », comme il l’annonce dans L’imaginaire des langues : « C’est pour cela qu’il est difficile de concevoir les résultantes qui vont procéder de ces rencontres à l’heure actuelle. Une esthétique nouvelle est une esthétique qui essaie de prévoir, présager ou voir dans l’avenir des rencontres » (2010, 97). C’est dans cette optique, qui laisse entrevoir une déflagration générique corrélée à la déflagration identitaire à laquelle sont confrontés les Antillais, qu’on peut reconsidérer le passage suivant : « L’éparpillement de ce qui avait été dans l’art une représentation divinatoire, son explosion en tant d’objets immanquablement odieux, préfigure petitement la dilatation actuelle de nos espaces, et cette totalité indifférenciée du divers que nous connaissons aujourd’hui. » (1999, 233). Dans cette perspective, nous ne pouvons pas nous dispenser d’interroger le sens de la musique et du chant qui scandent cette contre-épopée caribéenne. Somme toute, la contre- épopée romanesque glissantienne se trouve, du fait qu’elle relate et exalte en même temps la naissance de la communauté antillaise, renforcée d’un long chant généthliaque, lequel se répète inlassablement dans les différentes articulations des trames événementielles propres aux romans de l’écrivain martiniquais. Ce chant généthliaque dit cette naissance et célèbre l’épopée antillaise. C’est à partir de ce point de vue qu’on peut revisiter ce passage, tiré de Sartorius. Le roman des Batoutos : Ils se plaisent à explorer les ressources inattendues de leur esprit, parlant à l’enfant comme à un enfant, trouvant satisfaction et grand contentement à conclure sur des discours pertinents et complets, sinon clairs ou logiques. Ils l’installèrent maître du chant et de déclamation, un régisseur de contes. Ils eussent d’abord appelé poème, à notre manière d’aujourd’hui, ce qu’ils avaient proféré dans leur rapport incertain à Odono Odono. Quand il quitta l’espace de sa nation, l’habitude était depuis longtemps établie de composer les chants de la connaissance du monde comme si l’enfant était toujours enfant, qu’il était là, qu’il vous dérivait dans votre parole inspirée ou improvisée. Ainsi naissent pour nous les arts, qui sont manière de dévaler. (1999, 39) Comme l’œuvre romanesque glissantienne se focalise, entre autres, sur la « digenèse » (Glissant 2018, 57), elle s’avère, de ce fait même, être composite, en ce sens qu’elle s’attache à brasser les divers genres artistiques tout en revigorant les expressions musicales qui sont

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