AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 25 On le voit, selon les auteurs les plus maximalistes, l’ouverture des frontières n’est pas une position pragmatique, énoncée a posteriori après l’observation du réel. C’est une proposition a priori , théorique, qui porte sur l’incohérence de la théorie démocratique. III. Pour une théorie pragmatique de la frontière Que peut-on retenir de ces deux approches ? De la thèse nationaliste qui plaide pour la pertinence des frontières protectrices et de la thèse cosmopolitique selon laquelle les frontières empêchent une circulation plus juste des hommes et des biens ? Peut-on, dans un même mouvement, dire que les frontières sont nécessaires, et qu’elles doivent être pensées aussi comme des relations plutôt comme que des lignes séparatrices ? Peut-on conjuguer ces principes et à quelles conditions ? La question n’est pas nouvelle, mais, avec ce que l’on a appelé la « crise des migrants », elle a contraint le nationaliste comme le cosmopolitiste à préciser sa pensée. Le nationaliste a dû répondre à la question de nos désirs collectifs et dire ce qu’est notre communauté . Il a dû préciser ce que signifie la nation, et ce que signifie le peuple. Le cosmopolitiste souple a dû s’interroger sur nos devoirs moraux envers les migrants ; mais aussi sur nos devoirs de réciprocité et de solidarité au sein de l’UE. Le cosmopolitiste radical, certain que les frontières sont illégitimes, dépassées, injustes, a dû réfléchir à une organisation du monde globalisé plus démocratique. La crise des migrants n’a pas réconcilié les deux, ou les trois, camps. Mais elle a vérifié ce point essentiel : l’étanchéité des frontières est une fiction. L’utopie n’est pas l’ouverture, mais la fermeture des frontières. Aujourd’hui, tout circule : les biens, l’information, les idées, la culture. Tout circule librement, sauf les individus. La migration est un phénomène structurel du monde globalisé, la circulation des individus demeure fermement encadrée 13 . Il faut en convenir, la politique qui restreint la migration est en contradiction avec la réalité économique. Plus on ferme les frontières, comme le souhaitent les nationalistes, plus il y a d’installations clandestines et moins il y a de circulation . Le paradoxe de la politique de fermeture est de bloquer les allers et retours . Si le but est de créer un monde plus égalitaire, ce n’est pas en fermant les frontières que nous pouvons l’atteindre : un monde plus 13 Voir Catherine Withol de Wenden, « Citizenship and Migration in a Globalized World » in Rechtstheorie , vol. 51, no. 1, 2020, pp. 7-13.

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