AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 26 égalitaire et plus respectueux des droits rendrait le contrôle strict des frontières inutile. Mais comment atteindre cet idéal ? Les règles de la vie politique, les institutions politiques sont nationales. La mondialisation a certes bousculé les institutions politiques étatiques, les lieux de souveraineté se sont diversifiés, mais l’accès aux politiques sociales, à l’éducation, à la participation politique, à tout ce qui constitue la vie démocratique reste borné par des frontières territoriales. La question de l’environnement le montre bien et permet peut-être paradoxalement, aux nationalistes de marquer des points. En principe, la préservation de la nature et la prévention du réchauffement ne devraient pas connaître de frontières : la santé de l’environnement nous affecte tous. Pour paraphraser Kant, les effets de sa dégradation en un lieu sont désormais ressentis partout. Pour éviter d’abîmer l’environnement, l’UE a interdit un certain nombre de pesticides. Mais l’UE continue de produire des pesticides et soutient des usines qui les exportent dans des pays situés hors de l’Union. Ces pays produisent eux-mêmes des aliments avec ces pesticides et les réimportent dans l’UE. De la même manière, la COP21 cherche à réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais elle ne peut empêcher que l’on introduise des émissions en important des denrées produites ailleurs, mais consommées dans l’Union. C’est un parfait exemple d’une libre circulation économique, sans frontières, en contradiction avec les conventions mais aussi avec les principes de la souveraineté alimentaire nationale ou régionale, et de la protection de l’environnement 14 . Peut-on ici parler d’une victoire des sans-frontiéristes ? Il me semble que, dans ce domaine, la raison est plutôt du côté des nationalistes : seuls les États et leurs législations nationales sont en mesure de protéger les principes qui nous importent. Sans leur intervention, aucun accord international n’est possible : même le libre échange résulte d’accords entre nations, ce sont les États qui concluent les accords et plaident au nom de leurs citoyens. On peut donc être progressiste, nationaliste et démocrate, et défendre les frontières. Leur ouverture ne va pas nécessairement dans le sens de l’histoire. On pourrait même dire que la frontière n’est pas ici le dernier mur derrière lequel se cache le riche ou le national-populiste, mais qu’elle sert aussi à protéger le plus faible d’un environnement détruit. On le voit, la frontière n’est pas seulement une ligne sur une carte, même si la carte, comme métaphore, nous aide à la comprendre. Et si elle 14 Voir Mathilde Dupré et Samuel Leré, Après le libre-échange. Quel commerce international face aux défis écologiques ? , Paris, Les Petits Matins, 2020.
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