AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 271 Batoutos , évoque les travaux d’un peintre martiniquais, travaux dans lesquels les prêts-à-porter colonialistes sont balayés d’un revers de manche : M. Anicet mélange et combine […] les formes des masques africains et celles des adornos, têtes de dieux ou faces de chimères, façonnés à partir du modèle amérindien, il les peint ensemble sans préjugé, il dit que les uns lentement mangent les autres, un cannibalisme esthétique en quelque sorte, je ne sais pas à cette heure qui ingurgite et qui est dévoré, ils font partie d’un même corps dont ils sont désormais les organes innominés, qu’il en provient des amorces, des efflorescences de styles inédits que volontiers nous disons métis, et dont nous apprécions avec contentement la progression créolisante. (1999, 325) Dans cette perspective picturale où sont relatés l’invasion, le ravage et le saccage, le tableau de Picasso, « Guernica », que l’auteur évoque dans Sartorius. Le roman des Batoutos , acquiert une signifiance particulière, en ceci qu’il confirme l’ouverture de l’écrivain martiniquais non pas uniquement à toutes les expressions artistiques, y compris la peinture qui lui permet de brosser à son auditoire les différents épisodes et péripéties de la Traite négrière, mais aussi à tous les imaginaires de la totalité-monde , y compris l’imaginaire créatif occidental : Je crois qu’il y eu des Batoutos chinois et des tibétains, des tibé- tains surtout, pourquoi surtout hein Amistad , pour prendre un cas connu, le chef des captifs insurgés revient à la fin en Afrique il trouve son village ravagé sa famille dispersée en esclavage pas une trace Est-ce que dans le monde chaque village ravagé est un Onkolo Non, un Guernica de Picasso Des Batoutos irlandais et des Batoutos anglais […] Des Batoutos arabes et des Batoutos juifs Est-ce que tu peux devenir batouto Ce n’est pas un film pour nous, Amistad , c’est sacré- ment un film pour le système étasunien Réfléchissez qu’il existe peut-être un groupe antiba- touto, et invisible lui aussi, ça c’est terrible […] (1999, 278) Dans cette « romanisation » (Bakhtine, 472) artistique, l’art sculptural tient lieu de maillon fort de la chaîne de cette dynamique créolisante dont la transrhétorique incarne le moteur-générateur. Le romancier recourt à la sculpture dans l’objectif de se figurer – et de permettre à ses auditeurs de le faire – les visages des transbordés lors de la Traite négrière, particulièrement de ceux qui gisent dans les abysses sépulcraux. C’est dire que la sculpture acquiert une place de choix dans la
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