AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 272 création artistique romanesque de Glissant. Elle permet d’obvier à la disparition, en ceci que l’écrivain martiniquais, en sculpteur par les mots, s’attache à rendre compte des vérités anthropologiques et identitaires propres aux transbordés, comme le souligne Glissant dans Une nouvelle région du monde : « Tout objet sculpté est un totem secret qui renvoie à une identité, soit cachée ou évidente. La sculpture rayonne de sa propre expansion, un feu courant les espaces d’alentour, là où le totem résonne de sa seule intensité. » (2006, 133). Par ailleurs, le penseur caribéen considère, dans L’imaginaire des langues , que la sculpture fait figure de matériau opérationnel et efficace de transgénérisation artistique : J’ai fait un passage sur les sculpteurs et la sculpture peut-être parce que c’est le seul lieu commun réel entre les diverses zones d’expression artistique. Il n’y a pas de tableau au sens occidental en Afrique. Il n’y a pas d’estampes au sens oriental dans les pays africains. Mais il y a partout le geste du sculpteur. Ce n’est pas une préférence, c’est une manière de dire que c’est un des lieux communs de la représentation ou de la tentative de connivence dans les arts du monde. (2010, 98-9) Conclusion En guise de conclusion, il faut déduire que la nouvelle esthétique des frontières de Glissant, pour qui « il n’y a pas de modèle opératoire » (1997e, 122), constitue, à plus forte raison, une révolte culturelle dans le sillage de laquelle s’inscrit cette dynamique de transgénéricité à la fois oratoire, littéraire et artistique. En vertu des nouvelles lois d’une telle dynamique, le texte est considéré comme « une réalité sémiotique complexe » (Schaeffer, 79), qui fonctionne en écho à la situation anthropologique des Caraïbes, situation dont les règles du jeu géopolitique sont régies par les puissances hégémoniques. En d’autres termes, « l’acte d’écrire », pour le déparleur caribéen, « ne peut être tributaire d’aucun fichier de recettes » (Laâbi 1966), en ce sens qu’il s’attache, à la manière dont Julia Kristeva se représente le rôle, la fonction et la portée de la création littéraire, à tout restructurer et rebâtir pour une communauté déracinée : S’il y a un « discours » qui n’est pas seulement un dépôt de pellicules linguistiques […], mais qui au contraire est l’élément même d’une pratique impliquant l’ensemble des relations conscientes, subjectives, sociales, dans une attitude d’attaque, d’appropriation, de destruction et de construction, bref de violence positive, c’est bien la « littérature » : nous disons plus spécifiquement le texte. (14) S’agissant de cette esthétique nouvelle des frontières, qui s’emploie à établir des « liaisons magnétiques » (Glissant 2006, 135) non seulement entre les différents genres oratoires, mais aussi entre les diverses

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