AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 273 expressions littéraires et artistiques, elle révoque conjointement la modélisation réductrice et l’universalisme généralisant et corollairement aliénant, comme le souligne l’écrivain martiniquais : « Ce que je défends, c’est que l’idée de la beauté naît d’une quantité réalisée au fur et à mesure. L’idéal qu’il y a dans la notion d’universel s’abolit dans la notion de quantité réalisée » (Glissant 2010, 91). Cette nouvelle esthétique prend ainsi racine dans le réel en tenant compte des vérités factuelles. Tout lieu et tout imaginaire artistique qui en procède rejoignent leurs véritables portées en s’inscrivant pleinement dans la poétique du chaos-monde : « Entrer dans le réel, c’est peut-être avoir au plus haut point le sentiment de ces rencontres, ou de ces simultanéités révélatrices. Les œuvres de l’art lisent ou élisent de la sorte le monde, mais dans le même élan et le même temps qu’elles prédisent le Tout-monde. » (2006, 120), lira-t-on dans Une nouvelle région du monde . Qui plus est, la transgénérisation artistique dont se caractérise la contre-épopée romanesque antillaise se démarque totalement de toute stase esthétique, en ceci qu’elle se trouve foncièrement impactée par la dynamique de la créolisation, en tant que processus inarrêtable d’interrelations pluridimensionnelles, récusant toute sclérose et niant en bloc toutes formes de cloisonnement. Autrement dit, cette dynamique accrédite l’échange pluridimensionnel entre les cultures et les différents imaginaires artistiques, et se retrouve, de ce fait même, dans la mouvance de la transfiguration perpétuelle du monde, du Tout-Monde, se situant, en définitive, dans la droite ligne de la rhétorique transgénérique glissantienne, dont la spécificité capitale n’est autre que le caractère imprédictible des résultantes. Dans cette veine esthétique de transgénérisation, il n’est pas inutile de faire la lumière, en dernier ressort, sur un exemple saisissant de créolisation, sans aucun doute imprévue, nouvelle, voire novatrice. Il est ici question d’un exemple dépeignant les entrelacements et scellant les brassages qui s’établissent entre l’art de la parole et l’art de la photographie, d’une part, et entre la parole orale, l’art de la gravure et celui de la musique, d’autre part. C’est cela même qu’on peut voir dans cet extrait tiré d’ Ormerod : « Nestor raconte son ami Apocal, dont les sentences rapportées mettent Amiela en situation d’extase, "Il faudrait pouvoir photographier de telles paroles…", et elle esquisse dans l’air des gravures solennelles, une écriture du vent, toutes surgies d’un négatif, qui semblent flotter longtemps sous la tiède véranda. » (2003, 102-103). Il convient de préciser, en dernier ressort, que l’esthétique appropriée à la nouvelle pensée des frontières se resitue dans une mouvance d’« hérésies » (Glissant 2018, 138), comme le note l’auteur dans Ormerod : « Les anathèmes ne contredisent pas au Tout-Monde »

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