AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 280 berbère 1 notamment auprès des nouvelles générations qui utilisent de moins en moins cette langue dans leur communication. Nous considérons cela comme une réduction du territoire de la langue et un déplacement de ses frontières linguistiques. C’est donc un constat personnel que nous voulons vérifier par cette première enquête qui reste exploratoire mais qui, nous l’espérons, va nous permettre de pousser un peu plus loin la recherche en fonction des résultats obtenus. Nous tenterons d’explorer les perceptions des habitants de la région de Menasser sur les distances qu’ils mettent entre leur parler 2 et les parlers des régions limitrophes, mais aussi des régions berbérophones plus éloignées géographiquement. Ce qui a motivé notre choix pour cette région, c’est la rareté des travaux linguistiques et sociolinguistiques sur cette région qui mérite d’avoir droit de cité dans les préoccupations des spécialistes. En effet, mis à part quelques recherches qui mentionnent l’existence d’une tribu berbérophone appelée Ath Menasser, très peu d’études se sont penchées sur les pratiques langagières de ses habitants. Nous en avons trouvé seulement deux : celle de René Basset (1884, 1885) avec deux tomes dédiés au dialecte des Ath Menasser ; et celle d’Émile Laoust (1912), où l’auteur compare ce dialecte à celui de Chenoua. Par ailleurs, à notre connaissance, aucune recherche sociolinguistique n’a été réalisée auprès des Menasseriens sur leurs parlers. Dans le passage suivant, Chaker souligne la prédominance des travaux de recherche sur certains dialectes berbères au détriment d’autres qui restent sous représentés dans les recherches linguistiques : « en Algérie, seul le kabyle (Kabylie centrale) et le Touareg Ahaggar ont fait l’objet d’études vraiment approfondies. Les autres dialectes, en particulier les îlots "zénètes" disséminés à travers l’ouest algérien et le Sahara, ont été étudiés de façon plus superficielle. » (1982, 83-84). Le parler de Menasser est un de ces « îlots zénètes » qui n’ont pas bénéficié d’études poussées, ce qui en fait un terrain de recherche quasi vierge. Cette recherche ne s’inscrit pas dans une visée dialectologique mais plutôt sociolinguistique car nous essaierons de vérifier si les habitants de Menasser perçoivent des frontières entre leur parler et celui des régions berbérophones (proches / éloignées géographiquement). Nous tenterons également de voir comment s’expriment et/ou s’articulent ces frontières 1 Nous utilisons ici « langue berbère » sans prise de position concernant la connotation négative qui lui est souvent reprochée par certains linguistes qui lui préfèrent l’appellation « tamazight ». 2 Le parler « correspond normalement à l’usage d’une unité sociologique élémentaire, village ou tribu » (Chaker, 1995) et nous utiliserons ce terme pour désigner le berbère parlé au sein de la commune de Menasser.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=