AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 282 individus qui y sont installés, mais, en même temps, elle ne se limite pas à ces territoires : les locuteurs peuvent, par exemple, être amenés à se déplacer ou à changer de pratiques linguistiques ; et à créer ainsi de nouveaux territoires ou à en modifier les frontières. Viaut explique que « le territoire linguistique résulte, selon les cas, de la frontière linguistique traditionnelle elle-même ou, aussi, des frontières politico-administratives externes (d’État) ou internes (limites administratives) ». Il est donc le produit des frontières administratives physiques et/ou des frontières construites par les locuteurs, et « il n’est pas toujours homogène, […] il peut s’agir d’un (comme l’italien, l’islandais, le basque) ou de plusieurs ensembles homogènes répartis dans le monde (comme le français ou l’espagnol). Il peut être en archipel comme dans le cas du berbère » ( ibid .). Le caractère insulaire de la langue berbère implique la présence de plusieurs « micro-territoires » qui la représentent et donc plusieurs frontières peuvent se dresser dans les perceptions des locuteurs : frontières entre leur parler et l’arabe dialectal mais éventuellement entre leur parler et les parlers des autres îlots berbérophones. Ce sont ces frontières perçues, ressenties et construites que nous étudierons dans ce travail et nous pensons que les dénominations attribuées aux parlers peuvent nous renseigner sur les frontières en question. 2. Des dénominations et des frontières En Algérie, « langue berbère » est un nom générique utilisé pour désigner les différents parlers berbérophones du pays. Il n’y a aucun doute quant à l’origine commune de ces parlers et à ce propos, Haddadou écrit que « le berbère a été une langue unifiée : l’existence de structures communes, aux plans phonologique, syntaxique et morphologique, le prouve largement » (11), mais le nomdonné par les locuteurs berbérophones à leur parler n’est pas le même dans les différentes régions. Selon Galand, « le berbère ne possède aucun terme qui le désigne lui-même en tant que langue commune à tous les berbérophones. Il dispose de nombreux noms féminins qui s’appliquent aux variétés régionales. » (209). Ainsi, nous retrouvons des appellations telles que « tachenouith » (le chenoui) pour désigner le parler de Chenoua, « tachaouith » (le chaoui) pour celui des Aurès et « taqbaylith » (le kabyle) pour celui de la Kabylie, etc. Nous utiliserons tout de même « berbère » comme terme générique qui désigne cette langue parce que c’est la dénomination la plus présente dans les travaux linguistiques (Basset, Laoust, Chaker, Tilmatine, Guerrab, Roux, Galand, etc.). Ce glottonyme – qui vient de l’ethnonyme « Berbère » –, a été attribué par des non-berbérophones parce que l’Histoire des Berbères a toujours été écrite par les autres
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