AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 283 (Tilmatine, 2007), mais il n’a pas été adopté par les locuteurs pour désigner leur langue (Cheriguen, 1987). En 1988, Galand écrivait : « La notion même d’une langue berbère englobant des variétés locales reste étrangère à la masse des locuteurs et les intellectuels qui donnent aujourd’hui cette valeur au terme tamazight procèdent à une innovation. » (209). Aujourd’hui, la dénomination « tamazight » commence à gagner du terrain et elle a même été adoptée dans les textes de lois qui consacrent cette langue comme langue nationale et officielle en Algérie. Chaker soutient qu’en « quelques décennies, [le terme tamazight] s’est répandu et acclimaté chez tous les Berbérophones, Kabyles et autres qui ne le connaissaient pas. » (1990, 47). Ce glottonyme évolue grâce à une prise de conscience de l’identité amazigh et il est considéré comme un autoglottonyme qui permet de se démarquer des « dénominations exogènes » comme le souligne Tilmatine : C’est dans ce contexte qu’il faudrait inscrire la récupération de l’autoglottonyme Amazigh-Imazighen et ses dérivés en lieu et place du traditionnel « berbère », rejetée par la militance en raison fondamentalement de ses connotations négatives –du moins si on le considère dans sa perspective historique – mais aussi tout simplement pour la portée symboliquement unificatrice de ce terme. (241) Le glottonyme permet de s’identifier et de se démarquer de l’autre et donc, à notre sens, de dessiner une frontière linguistique au moins dans les représentations du locuteur. Si par exemple un locuteur identifie son parler comme étant le « chaoui » et non pas le « kabyle », il dresse automatiquement une frontière entre les deux parlers qui, même s’ils appartiennent à la même langue, sont différents. L’auto-désignation n’est par conséquent jamais gratuite, elle permet de s’identifier et de se distinguer des autres. Historiquement, le nom donné à la langue berbère parlée dans la région de Menasser est « haqbayltih » (le kabyle) (Laoust, 1912) et les habitants de cette région se sont toujours identifiés comme étant des « kbayel » (des Kabyles) et ils ont été désignés par les arabophones de la région par ce nom. Nous avons interrogé des habitants de Menasser pour voir quelle(s) est (sont) la (les) dénomination(s) qu’ils utilisent aujourd’hui pour désigner leur parler. 3. Contexte et méthodologie 3.1. Contexte Notre terrain d’investigation est une commune de la wilaya (département) de Tipaza qui porte aujourd’hui le nom de Menasser en

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