AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 297 désignations odonymiques. Il écrit à ce sujet que « point n’est besoin ici de faire une étude sémantico-étymologique, qui ressortirait des seuls étymons odonymiques. Notre travail est exclusivement fondé sur le lien existant entre le nom de la rue et son référent, plus précisément entre le déterminant et son référent » (Billy, 17). Le but d’insérer les odonymes dans des univers différents est de montrer la nature du discours qui les régit. En effet, le choix des dénominations obéit inéluctablement à une logique symbolique, identitaire, historique et mémorielle. Dans notre terrain d’enquête, les odonymes appartiennent majoritairement à deux univers distincts : l’univers historique et l’univers social. L’univers social englobe les noms des écrivains (exemple : Rue Victor Hugo, Rue du Poète Tagor) et des scientifiques (exemple : Rue Pasteur, Rue Idrissi). Quant à l’univers historique, il englobe les noms liés aux dates de quelques événements historiques (exemple : Rue 19 Mai 1956) et aux noms de personnalités nationales et internationales (exemple : Mourad Didouche, Zabana, etc.). Un des principaux enjeux liés au choix des odonymes est l’appropriation symbolique de l’espace. En effet, après l’indépendance, les autorités algériennes ont procédé à la dé-baptisation/ re-baptisation de la plupart des rues, places et localités sur tout le territoire national. Cette opération avait, entre autres, deux objectifs clairement définis. Le premier objectif est de nature sociolinguistique. En effet, tous les textes de loi relatifs à l’affichage des langues après l’indépendance avaient pour finalité de donner une certaine visibilité à la langue arabe. Autrement dit, c’est une démarche visant à instaurer une politique linguistique ayant l’arabe pour seul code légitime. Il faut signaler que l’opération d’arabisation n’a pas été appliquée de manière graduelle. Il en a résulté ce que Gilbert Grandguillaume appelle « la campagne anarchique d’arabisation d’Alger » en Octobre 1976. Il précise que « toute inscription rédigée en français est barbouillée de goudron, disparaît totalement. Au petit matin les algérois découvrent le spectacle. Les noms de rues n’ont pas été replacés, et naturellement, la grande confusion règne » (Grandguillaume, 113). Le second objectif est la maîtrise de l’espace à travers sa nouvelle dénomination ou son nouveau marquage 1 pour employer le terme 1 En sociolinguistique urbaine, le concept de marquage recouvre deux acceptions : 1) D’une part le marquage signalétique (les odonymes, les enseignes commerciales, etc.) qui renvoie à toute forme d’affichage qui permet à un individu de s’orienter dans l’espace et de lui donner du sens. 2) D’autre part, le marquage langagier ou linguistique qui correspond à des manières de parler associées à des espaces spécifiques.

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