AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 29 s’exprimer une politique à la fois généreuse et réaliste ? Peut-on espérer qu’un autre découpage de l’espace répondrait plus efficacement et plus justement à la fois aux mouvements des humains (notamment des plus vulnérables) et à la protection de la planète ? Peut-on espérer rendre les frontières plus justes ? On pourrait dire que les États-nations sont en effet d’abord des sociétés fermées. Ils uniformisent la vie politique (ce qui est, disent les cosmopolitistes, contraire au libre choix des engagements et des lieux d’engagement des citoyens). Ils contredisent l’idéal cosmopolitique de l’égalité. Ils sont responsables des inégalités entre les peuples : en faisant la guerre, en étant colons et impérialistes, en n’intervenant pas là où les droits humains sont bafoués, ou en ne soulageant pas la pauvreté globale. Héritage du passé européen, les frontières ne tiennent pas compte du mode d’habiter et de se mouvoir d’autres populations. Que pourrait être une démocratie cosmopolitique ? Quelle forme permanente d’organisation pourrait-elle prendre ? On peut penser à une société civile globale permettant aux citoyens de s’exprimer librement à différents niveaux (local, régional, mondial) sur les sujets qu’ils sélectionnent librement et par le truchement d’associations et de groupes autogérés (ni créés, ni financés, ni contrôlés par les États). On peut aussi penser à la création d’un gouvernement supranational, doté d’un parlement mondial et d’institutions globales 17 . Ces institutions structureraient l’activité économique, régleraient les différends entre entités associées, géreraient les questions globales (l’environnement, l’eau, les pandémies, les flux migratoires) à l’aide de ressources juridiques, militaires, procédurales. On instituerait ainsi une nouvelle répartition du pouvoir vertical en intégrant dans des institutions globales – dont aucune n’aurait de compétence exclusive et souveraine sur tous les domaines – les tâches traditionnellement exercées par les États et en accordant à la société civile des pouvoirs décisionnels élargis. Ainsi comprise, la démocratie globale serait mieux assurée dans les pays, entre les pays, et au niveau global. La participation politique de tous serait rendue plus efficace et plus cohérente par la décentralisation des forums décisionnels. Les États et les frontières ne disparaitraient pas, mais elles seraient « vidées » de leurs prérogatives par le haut ou par le bas. Un tel projet est-il réalisable ? Désirable ? Cohérent avec les apories déjà signalées de la théorie démocratique ? Ce n’est pas sûr. Il est 17 Voir Daniele Archibugi et David Held (dir.), Cosmopolitan Democracy: Paths and Agents , Cambridge, Polity Press, 1995 ; Daniele Archibugi, The Global Commonwealth of Citizens , Princeton University Press, 2008.

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