AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 310 diverses formes – accord ou désaccord, approbation ou désapprobation, consonance ou dissonance –, nous proposons l’analyse d’une formule susceptible de surgir dans le discours comme méthode de légitimation du point de vue avancé par le locuteur. Cette méthode consiste à citer une autorité pour faire admettre son point de vue, en autocensurant sa propre voix. Plus précisément, nous avons en vue la structure Ce n’est pas moi qui le dis qui est utilisée comme préfixe annonçant l’énonciation d’une séquence de discours autre dans un exercice argumentatif où la justification ( j’affirme cela parce que… ) est remplacée par la citation d’une instance notoire censée garantir la justesse du lien causal mis en exergue par le locuteur. La structure met en scène un cas de non-prise en charge énonciative vu qu’il s’agit de la citation d’une autre instance énonciative qui se porte garant de la vérité des dires, mais, derrière, se cache un cas d’autocensure apparente et délibérée comme dans le cas d’une prétérition où le locuteur fait semblant de ne pas s’assumer un dire et sa vérité, en le faisant toutefois. En plaçant notre recherche dans le cadre théorique de l’analyse du discours, nous tâchons d’étudier la configuration linguistique de la formule susmentionnée, pour approfondir, par la suite, les enjeux de son usage dans le discours médiatique étant donné que, par son emploi, le locuteur fait semblant de ‘s’interdire’ dans l’esprit de l’adage il n’est pas de bonne censure que l’autocensure (Angenot, 14) pour dire, en effet, davantage. 1. Remarques sur l’autocensure Selon Encyclopedia Universalis 1 , la censure « désigne à la fois l’action de condamner un texte ou une opinion, d’en interdire sa diffusion, et l’institution qui prononce cette condamnation ». Ce phénomène concerne tous les domaines de la création, qu’il s’agisse d’œuvres artistiques, littéraires ou des médias et est légitimé par le désir de limiter, voire d’interdire la propagation de contenus censés offenser ou perçus comme injurieux ou blasphématoires d’un certain point de vue (religieux, raciste, politique, etc.). En renforçant cette idée, Marc Angenot (8) définit la censure comme « justification ‘vertueuse’ et civique, et légitimation insidieuse de l’interdit porté sur certaines idées, sur certaines formes d’expression, — suspicion, restrictions mentales et blâme à l’égard de l’ancienne exigence de liberté d’expression pleine et sans réserve, réclamée depuis l’aube des temps modernes par l’artiste, l’écrivain, le savant et l’universitaire, le cinéaste, le journaliste ». 1 https://www.universalis.fr/encyclopedie/censure/#i_0

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=