AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 319 non-fondée du gouvernement d’adopter une loi visant l’interdiction des produits aromatisés qui représentent une très petite partie du marché du tabac, à savoir la moitié de 1 p. 100, par rapport aux cigarettes au menthol qui en représentent 2 p. 100, mais qui, étant considérées comme un produit marginal, ne sont pas affectées par le projet de loi en question. Il est évident que, dans l’ensemble de la séquence, le paragraphe portant sur la qualité supérieure des produits aromatisés est un argument de poids dans le dévoilement de l’injustice du projet de loi invoqué et il ne fait que renforcer la contradiction flagrante de la mesure envisagée par rapport à la situation constatée. De surcroît, l’invocation des consommateurs, qui avouent avoir réduit la consommation des produits aromatisés contre lesquels va le projet de loi, autorise et renforce l’attaque portée par l’argumentateur, vu la perspective des effets bénéfiques pour la santé des consommateurs. Autrement dit, ces cigarillos représentent moins de 1% du marché du tabac et ne créent pas de fumeurs, ils contribuent même à en réduire le nombre, donc n’interdire que ce type de cigarettes sur le marché du tabac serait une mesure injuste . En avançant les arguments dénonçant le projet législatif, l’argumentateur préfère de déléguer la responsabilité des dires, auxquels il adhère inéluctablement, aux consommateurs, conscient du fait que leur voix pèsera plus lourd et leur propos seront plus facilement acceptés. Cet acte d’autocensure, qui pourrait être interprété comme un acte de dévalorisation du locuteur en tant qu’autorité, est en réalité ‘joué’ au profit de l’efficacité de l’argumentation car le locuteur ne nie pas son adhésion au point de vue, tout au contraire : en faisant appel à cette formule, il en accroît l’acceptabilité auprès du public par le fait de le valider en vertu du caractère autoritaire de la voix (la communauté) dont il émane. Donc, de nouveau, en annonçant qu’il n’est pas la source de certains dires, le locuteur les assume ouvertement par le fait de les avancer dans son argumentation et il les rend légitimes en les attribuant à une source d’autorité. Conclusion Le but de cette étude a été d’analyser la formule ce n’est pas moi qui le dis , par laquelle le locuteur annonce que certains propos insérés dans son discours et s’intégrant dans la logique de son argumentation ne lui appartiennent pas, mais ils émanent d’une source dont l’autorité est fiable dans le contexte donné. Notre analyse a montré que l’énonciation de cette formule correspond à un acte d’autocensure par lequel le locuteur, sans nier l’adhésion aux propos avancés, mais au contraire, en les affirmant ouvertement, préfère mettre en avant une voix autoritaire dont les dires émaneraient ou qui serait responsable pour un acte de dire équivalent à celui invoqué par le locuteur de la formule ce n’est pas moi

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