AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 324 ressorts internes qui témoignent le plus souvent de « la peur de déplaire aux pouvoirs » (Veyrat-Masson, 213), aux supérieurs. Cette étude prend en considération une forme particulière d’autocensure, à savoir le cas où le locuteur choisit à dessein de couper court au flux de ses paroles par l’utilisation de l’énoncé Il vaut mieux me taire que nous considérons comme l’équivalent sur le plan langagier d’une décision mentale prise suite à un contrôle autoimposé et à un examen critique opéré par le locuteur. Comme ce type d’autocensure vient suite à une décision spontanée (contrairement à la censure qui relève d’un mécanisme réfléchi et différé), nous avons jugé adéquat de mener notre analyse sur le discours ordinaire, sur des prises de position de la vie quotidienne, malgré « les déterminations sociologiques faibles ou hétérogènes » (Mortureux) dont il fait preuve. La question principale à laquelle cette étude vise à répondre est : quels sont les mécanismes de fonctionnement discursif de ce type d’autocensure qui se traduit par une stratégie qui relève de la construction discursive de soi ? Pour atteindre notre objectif, nous avons considéré qu’une structuration bipartite de l’étude s’avère adéquate : la première partie explorera brièvement le cadre théorique traitant de la censure et de l’autocensure en tant que phénomènes sociaux et pragmatiques, alors que la seconde partie analysera les formes particulières d’autocensure traduite linguistiquement par l’emploi de l’énoncé Il vaut mieux me taire. 1. Censure et autocensure – précisions conceptuelles La censure , terme provenu du latin censura, relève, selon les définitions offertes par les dictionnaires, des domaines tels que le droit, la psychanalyse, la sociologie, voire l’histoire romaine (en liaison avec la dignité et fonction de censeur). Même si la censure est perçue d’une manière générale comme l’action de critiquer ou de blâmer le comportement ou les œuvres de quelqu’un ( TLFi ), nous adoptons dans cette étude une perspective plus ciblée du terme, selon laquelle la censure renvoie à un contrôle volontaire, à un examen critique, issu d’une autorité clairement définie (gouvernement, organisations de l’État) exercé sur des manifestations de l’espace public (la presse, les spectacles, les œuvres, etc.) et doué de pouvoir décisionnel, autoriser ou interdire, totalement ou partiellement, la diffusion de ladite manifestation auprès du public (cf. Littré , Le Petit Robert, TLFi ). En tant que « manifestation par excellence de l’exercice du Pouvoir » (Martin), la censure se traduit par des interdis qui pèsent sur toutes les formes d’expression, à partir de la parole jusqu’à l’image et l’iconique ( Ibidem ). Nombreux sont les phénomènes censoriaux qui se manifestent dans une société démocratique (en toute conscience de
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