AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 326 professionnelle – dans ce cas, la déontologie professionnelle ou la charte institutionnelle impactent sur le choix du locuteur de ne pas toucher à un certain sujet ; ii) l’autocensure délibérée qui porte sur la production langagière de la vie quotidienne – dans ce cas, les normes sociales et, parfois, les normes d’un espace discursif particulier (par exemple, l’espace d’un forum de discussion en ligne) déterminent le locuteur à poser des limites personnelles à sa manière de s’exprimer et au contenu transmis. C’est cette autocensure délibérée portant sur le discours quotidien et ordinaire qui fait l’objet de notre analyse dans la seconde partie de cette étude. 2. L’autocensure dans le discours ordinaire : le cas de l’énoncé Il vaut mieux me taire Le cadre théorique nous a permis d’établir, à la fin de la partie 1, deux types d’autocensure, à savoir non-délibérée et délibérée, ayant comme critère principal l’opposition entre l’acte de faire sienne une interdiction de sorte qu’on l’applique inconsciemment et l’acte de choisir volontairement et en toute conscience de s’appliquer des limites, selon des normes et des principes généralement accepté(e)s dans une communauté. Nous nous proposons dans cette partie de mettre en exergue les mécanismes de l’autocensuré délibérée dans des prises de parole de la vie quotidienne et relevant donc du discours ordinaire. Envisagé en général en opposition avec le discours scientifique, le discours ordinaire est pourvu de traits spécifiques tels que : indétermination, ambigüité, redondance, multiplicité situationnelle, multiplicité thématique, niveau de langue ‘quotidien’, évaluation / appréciation (Tsitsa, 64). Cette hétérogénéité thématique, énonciative et situationnelle rend le discours ordinaire difficilement analysable dans le sens d’aboutir à des universaux linguistiques qui renforcent la validité des résultats obtenus. Pourtant, le discours ordinaire offre une piste d’analyse cohérente si on prend en considération le niveau métadiscursif, plus précisément la saisie des stratégies communément exploitées par les locuteurs pour se construire une image positive de soi et pour étouffer les critiques des interlocuteurs, malgré les situations communicationnelles différentes et les contenus thématiques variés véhiculés. Le fil directeur de notre recherche est donné par la récurrence de l’énoncé Il vaut mieux me taire dans des prises ordinaires de parole, ce qui en assure également la cohérence en dépit de la multitude des sujets abordés. Nous envisageons cet énoncé comme la verbalisation d’une décision autocensorielle du locuteur, prise en toute conscience de ce que l’impact de ses paroles, ou de la continuation de ses paroles, pourrait avoir sur l’interlocuteur, sur un tiers ou sur soi-même. Nous avons puisé nos

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