AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 333 mieux me taire! Merci encore, j’espère que vous aussi vous prendrez autant de plaisir à écrire tout cela. 11 Conclusion Cette étude a abordé une stratégie discursive largement utilisée par les locuteurs, à savoir le commentaire métadiscursif Il vaut mieux me taire. Nous avons rangé cette stratégie parmi les marques des phénomènes autocensoriaux de type délibéré par lesquels les locuteurs, tout en opérant un examen critique à leur production langagière, décident d’interrompre, totalement ou partiellement, leur prise de parole. Le cadre théorique sur la censure nous a permis, d’un côté, d’assigner une place adéquate à l’autocensure avec Il vaut mieux me taire au sein des interdis qui pèsent sur les formes d’expression et, de l’autre, d’établir les traits de cette autocensure : c’est la verbalisation d’un acte délibéré et réfléchi que le locuteur accomplit le plus souvent durant l’échange quand il devient conscient que la voie prise par son énonciation ne convient pas aux normes sociales ou de conduite personnelle que le locuteur est censé respecter. Elle est pourvue de fonction préventive afin de mettre fin à un échange conflictuel ou/et d’empêcher le locuteur de transmettre une image négative de soi au public. Le discours ordinaire, malgré sa multiplicité thématique, énonciative et situationnelle, témoigne d’une constante au niveau métadiscursif. Aussi avons-nous pu faire ressortir le fonctionnement de la stratégie d’autocensure pour laquelle nous avons identifié quatre situations d’emploi qui montrent que la frontière entre le dire et le ne pas dire est assez floue : a) dans une interaction face-à-face ou à distance, l’autocensure a le rôle d’étouffer un conflit, potentiel ou déjà entamé, et le locuteur construit ou garde ainsi l’ethos d’une personne non conflictuelle ; b) dans une séquence monologale, l’autocensure est une stratégie principalement centrée sur l’ethos, car le locuteur évite de projeter l’image de quelqu’un d’incompétent dans un domaine ou qui fait du verbiage sans finalité ; c) dans d’autres cas, l’autocensure est, dans la perception du locuteur, une mesure à prendre pour ne pas empiéter sur une situation positive où les paroles s’avèrent superflues, voire inutiles ; d) la fausse autocensure se révèle proche de la figure rhétorique de la prétérition par laquelle le locuteur simule la coupure de l’énonciation tout en poursuivant son discours dans la même lignée qu’il a prétendu ne pas développer dans sa prise de parole. Il s’agit d’une stratégie qui permet au locuteur de faire passer tout son message, mais, en employant Il vaut mieux me taire , il se met à l’abri contre les éventuelles critiques de l’interlocuteur car il a prétendu ne pas (continuer à) parler de ce sujet. 11 http://www.koztoujours.fr/tracer-sa-route
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