AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 52 de même qu’il est important que nous sachions les distinguer de celles qui n’ont pas cette prétention – ce qui est le cas des fictions. Dans le cas des représentations narratives, maîtriser la distinction est tout particulièrement important parce que le mode narratif est le mode principal grâce auquel nous communiquons des informations factuelles à autrui, mais qu’il est aussi une province importante, peut-être la plus importante, des usages ludiques et artistiques du langage, en particulier sous la forme de la fiction (verbale). D’ailleurs, un des types les plus importants de malentendus communicationnels est due à la confusion concernant le cadre pragmatique – véridictionnel ou fictionnel – dans lequel il convient d’interpréter et d’évaluer un énoncé ou un texte. Qui n’a pas parmi ses connaissances des personnes qui, comme on dit, « prennent tout au sérieux », et d’autres qui, au contraire, sont incapables de s’empêcher d’enchaîner les mystifications blagueuses ? L’importance de la distinction entre fait et fiction, trouve une confirmation dans le fait que l’accès à la différenciation entre les représentations véridictionnelles et les simulations ludiques ( make- believe ) (Walton, 1993) est un moment important dans la maturation mentale du petit enfant, quelle que soit la culture à laquelle il appartient. Lawrence Goldman et Michael Emmison (1996) ont ainsi montré que chez les Huli – une peuplade de la Nouvelle-Guinée – les enfants accèdent à la compétence mentale qui leur permet de distinguer entre les actions qu’ils réalisent pour de vrai et celles qu’ils incarnent pour de faux, donc qu’ils asiatiques ou africains. Le contenu des jeux des petits Hulis est certes différent de celui qui simulent ludiquement, exactement au même âge que, par exemple, les enfants européens. Cela est dû au fait qu’ils puisent leurs matériaux dans une tradition culturelle, dans laquelle les frontières entre fait et fiction ne sont pas tracées au même endroit que chez nous. Cela est dû, en particulier, à l’importance des discours mythiques, qui ne sont assimilables ni au dire véridictionnel standard (qui existe bien entendu aussi dans la culture Huli), ni à celui de la fiction ludique, mais relève d’une connaissance ancestrale admise comme vérité auto-confirmatrice. Mais la structure de la relation entre fiction et fait est la même que chez nous, et Goldman et Emmison montrent, en particulier, que les petits Hulis se servent des mythes exactement de la même manière que les enfants européens se servent des croyances partagées qui prévalent chez nous, c’est-à-dire comme matériaux, comme nous le verrons, indispensables pour les jeux fictionnels. La naissance de la compétence fictionnelle active et de sa forme passive sont décalées dans le temps. Les enfants sont capables de faire la différence entre des jeux fictionnels et des actions sérieuses avant d’être au clair quant à savoir quand un récit est factuel et quand il est fictionnel.
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