AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 53 La distinction qu’ils font entre « ce qui est pour de vrai » et « ce qui est pour de faux » concerne en un premier moment la différence entre des situations et actions sérieuses et celles qui sont simulées. La maîtrise de la pragmatique du théâtre vient donc avant celle de la pragmatique du récit de fiction. C’est peut-être parce que, dans le cas des fictions « jouées », les enfants sont eux-mêmes ceux qui instaurent le cadre du « faire comme si », alors que dans le cas des récits ils sont en un premier moment surtout en position de récepteurs, la compétence de la compréhension des structures narratives précédent la capacité d’en construire. De fait, qu’on leur raconte des récits, le positionnement par défaut des tout petits est que tout ce qu’on leur raconte est « vrai ». D’où, quand on leur raconte une histoire avec des fantômes ou des vampires ou d’autres entités qui leur font peur, leurs demandes réitérées d’être rassurés : il faut qu’on leur assure solennellement que ce qu’on raconte n’est que « pour de faux ». Or, au même âge ils jouent volontiers au fantôme sans qu’ils aient besoin de se rassurer ou d’être rassurées par les adultes. En réalité, même une fois que nous sommes adultes, considérer comme vrai ce qu’on nous raconte reste notre position par défaut, sans doute parce que la confiance communicationnelle, même si elle est souvent déçue, est une condition indispensable pour les humains, puisqu’une grande partie de nos croyances, y compris parmi celles auxquelles nous tenons le plus, sont des croyances acquises par ouï-dire et non pas par connaissance directe : si on retirait de notre stock de nos croyances toutes celles que nous avons acquises par « ouï-dire », nous serions très dépourvus face à la vie. Quelles sont les relations que la fiction entretient avec l’erreur et le mensonge ? L’erreur et lemensonge sont indissociables de l’existence d’une prétention à la vérité. Seul quelqu’un qui a la prétention de dire la vérité, ou à qui on suppose cette prétention peut se tromper ou mentir. Donc, si la fiction avait des prétentions à la vérité (référentielle), elle ne pourrait relever que du mensonge et non de l’erreur, puisque celui qui invente une fiction sait pertinemment qu’il ne respecte pas les normes de la véridicité, alors que celui qui fait une erreur croit, au contraire, être dans le vrai. Toute fiction implique en fait une sorte de « contrat » implicite entre l’auteur (ou l’énonciateur) et son lecteur (ou auditeur) concernant l’absence de toute prétention véridictionnelle. L’existence d’une « feintise ludique partagée » (Schaeffer, 1999) est donc indispensable pour que la fiction puisse opérer comme fiction. En effet, lorsque l’auteur émet un récit qui est sans prétentions véridictionnelles, mais que le lecteur n’est pas mis au parfum, il peut arriver qu’il reçoive le texte comme ayant des prétentions référentielles. Cette situation a été illustrée avec éclat par Marbot. Une biographie , ouvrage publié par l’écrivain allemandWolfgang Hildesheimer
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=