AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 90 2. L’épreuve du labyrinthe Le personnage Thésée de Camille de Toledo reprend fidèlement l’exploit proposé par le mythe antique de chercher la sortie du labyrinthe apparemment sans issue ; le labyrinthe représente en fait la mémoire des moments difficiles et douloureux, accumulée à partir de la mort de Jérôme, mais, au sens large, ce sont les coups du destin qui ont frappé leur famille et c’est précisément de là que le héros veut s’en sortir. Au départ, Thésée « rejette le labyrinthe de sa généalogie » ; la mort des membres de sa famille n’aura pas d’influence sur sa vie et sur celle de ses enfants. Mais avec le temps, il a beau « chercher une issue hors du labyrinthe » (TNV, 67), « il voudrait éviter le monstre » (TNV, 67). À ce moment, Thésée est malade, « tout en lui est en miettes » (TNV, 67), son corps est rongé par le mal. L’optimisme du commencement du roman, lorsque Thésée ne croyait pas au labyrinthe s’assombrit progressivement, jusqu’au moment où le personnage est englouti, entendant le râlement du monstre : « Thésée est dans le labyrinthe, Thésée entend le monstre, au loin, derrière une paroi, qui l’attend, mais il s’obstine à avancer non par courage, mais parce que son corps ne lui en laisse pas le choix ; il a fait promettre à son frère, il y a des années, de ne pas se tuer, de s’en remettre au temps » (TNV, 173). Au final, la sensation de vivre dans un labyrinthe s’approfondit et se généralise, la peur et la panique envahissant Thésée, qui en vient à croire que « l’Allemagne est pour Thésée comme le monstre au cœur du labyrinthe / la grande épreuve de l’effroi et des peurs généalogiques » (TNV, 207). Il ne réussit pas à se débarrasser du fantôme de son passé ; en plus, il s’engloutit dans les ombres de ses traumas. 3. Les « frontières du récit » La construction du roman suit fidèlement les théories d’Émile Benveniste, reprises par Gérard Genette dans son chapitre Frontières du récit de Figures II (Genette 1979, 61). À partir de l’Antiquité, la représentation est divisée en narration et description. De plus, comme le montre Émile Benveniste, la personne à laquelle le texte est conçu est aussi très importante dans l’interprétation du texte littéraire. Selon ces critères, le roman de Camille de Toledo est construit en tant qu’alternance entre le discours écrit à la première personne (avec des répliques répétées à la deuxième personne) et le récit (ou histoire) écrit à la troisième personne. Le narrateur contrôle attentivement l’usage des pensées de Thésée écrites à la première personne en tant qu’aveux ou transcription exacte de son flux mental, rendu en caractères italiques tout au long du roman : « je ne serai libéré de cette famille, de cette histoire / il pense / après les morts, après les mensonges / je bâtirai un autre foyer … » (TNV, 43).
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