AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 96 c’est mon vrai combat, je ne suis militant d’aucune cause que celle-là : l’équilibre. » (Simonin). Cette préoccupation transparaît dans Alma 1 , l’avant-dernier roman leclézien, se manifestant sous la forme d’un cri de révolte contre l’indifférence de l’homme vis-à-vis du milieu où il vit, contre l’omnipotence que celui-ci exerce sur les règnes végétal et animal, contre l’extinction des espèces menacées, provoquée par l’insouciance d’un individu aveugle, incapable de comprendre sa mission au monde et d’agir en conséquence. Par l’intermédiaire de son œuvre, l’écrivain fait le constat d’un environnement appauvri, dégradé, souillé par la société occidentale, une société avide d’avoir au prix de la destruction. Par la colonisation et l’occupation agressive de l’île Maurice, l’homme occidental a conduit à l’extermination du dodo, le Raphus cucullatus , oiseau mythique de l’île qui y avait régné avant son arrivée. Dans le roman Alma , Le Clézio intente à l’homme un procès au nom de l’écologie, devenant par ce faire un écrivain engagé dont lemessage résonne tout au long du roman : habiter la terre, non pas la piller, côtoyer tout être animé, qu’il s’agisse de nos semblables ou de nos compagnons silencieux et impuissants. Son immense curiosité, doublée par le regard enchanté porté sur le monde naturel, le transforme en porte-parole d’une nature moquée, d’un paradis perdu, saccagé par l’espèce humaine. Dans son œuvre, Le Clézio semble se donner pour but d’abolir la frontière entre les règnes et d’élargir la notion du prochain, en y incluant la figure tragi-comique de l’oiseau disparu envers lequel l’être humain a manifesté sa toute-puissance, sa haine, sa violence, en aboutissant à l’extinction de son espèce. Tout en s’appuyant sur la philosophie derridéenne, notre article se donne pour premier but de passer au crible la double problématique de l’hospitalité telle qu’elle ressort du roman Alma : d’un côté, celle que le dodo manifeste envers l’homme qui s’introduit dans son territoire et, de l’autre, celle que l’île Maurice donne à son oiseau endémique. Nous chercherons tout d’abord de montrer comment les dodos offrent l’hospitalité illimitée aux colons, comment ceux-ci répondent avec hostilité en prenant tout ce que les oiseaux ont à offrir et, finalement, comment, en ensevelissant l’oiseau mythique dans sa terre, l’île accomplit le septième et dernier acte de miséricorde corporelle. Notre but final sera de montrer comment, par l’attention particulière que Le Clézio accorde au dronte mauricien et par l’affection presque fraternelle que son personnage principal manifeste envers cet oiseau, l’écrivain réussit à gommer la frontière entre l’humain et l’animal, en faisant du volatile son prochain. 1 Jean-Marie Gustave Le Clézio, Alma , Paris, Gallimard, 2017. Dorénavant désigné à l’aide du sigle A, suivi du numéro de la page.

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