AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 97 1. Sur les traces du dodo dans l’histoire et la mémoire de l’île Maurice Dans une société où l’immédiateté de l’activité productive et commerciale prime, l’homme dépouille la terre de ses ressources sans trop y réfléchir : « Nous vidons la mer, nous vidons la terre, nous vidons le ciel. Nous meurtrissons les bêtes, nous arrachons les arbres », signale Anne Simon, (95) la promotrice en France de ce nouveau champ de recherche qui est la zoopoétique. Pensons aux millions d’espèces végétales et animales qui ont disparu à travers l’Histoire de l’humanité, causant à notre planète d’être moins riche et moins belle, toujours plus limitée et plus grise. Le cas du dodo, « une des plus étranges [espèces] qui ait existé sur notre planète », « éteinte voici plus de trois siècles » (Piat, 33), dont l’histoire tragique est racontée dans Alma avec beaucoup de sensibilité et de tendresse, n’en est qu’un parmi tant d’autres. « Le Dodo, l’histoire de sa disparition, commune à la colonisation hollandaise de Maurice, sert le plus souvent d’entrée vers le roman, afin de spécifier son thème principal : la disparition et les traces. », remarque Nicolas Pien (192). Le lecteur est introduit dans l’atmosphère de quiétude originaire de ce paradis terrestre, tel qu’il avait été avant l’arrivée de l’homme, l’écrivain y faisant renaître tout un monde, autrement disparu à jamais. La nature sauvage de l’île idyllique et son maître absolu, le dodo, menant insoucieux sa vie, se dressent devant les yeux émerveillés du lecteur : Ils habitaient partout sur les pentes de la montagne, dans le fond des vallées, le long du rivage de la mer. Ils jouaient sur le sable des baies, ils se réunissaient dans les clairières, pour pousser leurs roucoulements, ils célébraient leurs mariages avec des danses et des cris de liesse, ils se baignaient dans l’eau claire des torrents. (A, 88). Par l’intermédiaire d’ Alma , on peut « [r]etourner au premier temps, quand l’île était encore neuve – neuve d’humains. » (A, 81), pour assister ensuite à son occupation agressive, fatale au volatile : « Dans la forêt résonnent des cris inconnus, des aboiements, des appels. Les miliciens redescendent vers la côte, les singes jappent. Encore quelques battements. Encore quelques nuits, avant que l’ère des oiseaux s’achève. » (A, 90). Les dodos deviennent les premières victimes officielles des humains à l’île Maurice, l’espèce s’éteignant moins d’un siècle après sa découverte, vers 1680, avec l’arrivée des Européens (Piat, 33). Cet épisode honteux de l’histoire de l’Humanité est magistralement décrit par
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