AGAPES FRANCOPHONES 2022
Sanda BADESCU Université de l’Île-du-Prince-Édouard, Canada _____________________________________________________________ ϭϬϴ + adjectif) et relié à la rectitude politique, gagne, que nous le voulions ou non, beaucoup de terrain. Nous nous proposons d’expliquer certains mots p.c . (ou p.i.) et de nous pencher sur l’essai de Michel de Montaigne « Des cannibales » en posant des questions telles que : en quoi le texte du XVI e siècle pourrait-il être interprété comme « correct » ou « incorrect » et pourrions-nous parler simplement de ces dénominations ? Nous définirons d’abord les sens que le p.c. a développés, ensuite nous analyserons brièvement les transformations du mot « autochtone » pour arriver enfin à explorer le point de vue original et particulier de Montaigne sur les aspects et réalités liés à ce nom. 1. Sur le p.c. Le p.c. est « une tentative d’éviter des expressions qui pourraient être comprises comme des tentatives d’exclure ou de dénigrer des groupes ou des minorités traditionnellement perçues comme désavantagés » (Lebouc 2007, 11), tentative à première vue fort honorable. Cependant, il est certain que certains euphémismes s’avèrent dangereux. Selon Mangeot, le danger serait double. Premièrement, on assiste à une perte importante du sens. Plusieurs euphémismes ne veulent plus rien dire parce que ce sont des mots de passe qui font écran à ce qu’ils prétendent assigner (Mangeot 1997). Dans ce cas, nous avons besoin d’une explication et une répétition du mot que nous devons exercer pour que nous comprenions ce à quoi le mot renvoie. Par exemple, « travailleur en surface » ne renvoie à rien si on comprend juste les mots du point de vue du dictionnaire. Quelle surface ? Surface en opposition avec « dans la terre » ? Quelle sorte de travail serait-ce ? Nous ne sommes pas plus avancés dans le processus de compréhension du syntagme. Deuxièmement, une conséquence néfaste beaucoup plus importante résulte d’un effacement de la responsabilité de certains groupes puissants qui devraient être tenus responsables. Je cite deux exemples. Le chômeur est remplacé par le demandeur d’emploi (Lebouc 2007, 33; Mangeot 1997). Ce p.c. implique tout d’abord un grand malentendu : peut-être que le demandeur a déjà un emploi et est à la recherche d’un autre. Mais on se demande: pourquoi demande-t-il de l’emploi ? Parce ce qu’il n’en a pas. Pourquoi n’en a-t-il pas ? Parce qu’il y a une crise économique (d’autres mots abominables !) ou parce qu’il a été licencié ? Et voilà le mot licencier qui se voit remplacer de façon plus subtile et cruelle par réaménager l’entreprise (Lebouc 33), syntagme qui efface carrément toute responsabilité de l’employeur, du patron, de l’entreprise dans une affaire de licenciement. On cache l’affaire quoique cette action, comme on sait, reste une des plus communes et des plus cruelles dans le monde de l’emploi et qui se trouve à la source d’un taux de suicide énorme 1 . Le licenciement n’est plus du tout condamnable dès qu’il s’appelle de manière tellement élégante « réaménagement de la structure ». Le deuxième exemple est le mot pauvre 1 Un taux double du suicide en général, selon l’article de Nathalie Samson, dans L’Express du 21/09/2018 : « Le risque de passage à l’acte suicidaire est de 3% pour la population générale, il est du double pour les chômeurs. »
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