AGAPES FRANCOPHONES 2022

Splendeurs et misères de l’homme occidental (2015) : « roman » inter-dit de Pierre Gobeil _____________________________________________________________ ϭϯϱ peut-être pas le bon mot » mais qu’il n’a « rien trouvé de plus signifiant » (17) après avoir mentionné son « collègue américain » (16), nommé Oliver, on constate que l’Auteur n’essaie pas de transmettre une vérité, mais plutôt d’« approfondir » sa compréhension d’un « phénomène »(67) qu’il a observé. L’Auteur signale ici et ailleurs que l’idée à la base de l’enquête n’est pas incontestable, mais que le phénomène vaut toutefois la peine d’être investigué. Selon l’Auteur, d’autres personnes dont Oliver venant d’un autre pays et parlant une autre langue auraient également remarqué le même phénomène et sont prêtes à s’y intéresser. La participation d’Oliver renforce la légitimité prétendue de l’enquête que l’Auteur dépeint comme une entreprise exploratoire et inoffensive. C’est ce que l’on constate quand il l’inscrit dans celles ayant rapport à l’expansion du savoir : « nous souhaitons couvrir l’ensemble du continent de rencontres aussi hétéroclites que possible » (24). En jouant de manière hyperbolique sur la noblesse des entreprises vastes et diversifiées, l’Auteur insiste également sur ce que l’on découvre en examinant les « sentiers les plus inattendus » et fait même dire à Jules 15 que c’est « le principe même de la recherche » (35). De telles déclarations prononcées au début de l’enquête, ainsi que d’autres affirmations où l’Auteur explique que sa démarche n’est « rien de plus qu’une intuition, disons une hypothèse, quelques observations. Les scientifiques procèdent comme ça… Enfin, une idée de base qu’on aimerait pouvoir vérifier » (88-89), renvoient de biais non seulement à l’existence réelle d’une censure dans la société moderne, mais aussi et peut-être surtout à son pouvoir. Décrit par certains comme un « nouveau conformisme moral » (Barbéris 2019, 30), le politiquement correct constitue l’arrière-fond contre lequel se déroule le roman-enquête de Gobeil qui cherche à savoir si « les clichés ont parfois du vrai » (21, je souligne) 16 . La peur des interlocuteurs, qu’elle soit réelle ou non, signale au lecteur que le fait de s’interroger sur les rapports hommes-femmes et de les commenter en tant qu’homme occidental relève d’une affaire plutôt risquée qu’il faut traiter avec délicatesse. L’enquête ou ce que disent réellement les hommes des femmes Avant d’aborder ce que les hommes disent « réellement » des femmes lors des entrevues, il convient de mentionner que l’enquête échoue à la fin du roman et ne « réussit » donc pas à mettre sur le dos des femmes la perte de contrôle des hommes dans le couple vieillissant. Comme une prétérition, l’enquête avance une proposition et l’affirme en partie, mais de manière indirecte, voire avec ironie et tact. Elle est donc loin d’appuyer le discours plutôt misogyne de « la crise de la masculinité » qui « cherche à freiner, arrêter ou faire reculer le processus d’émancipation des femmes » (19) selon 15 À ce propos, Hutcheon (1991, 140) déclare en parlant de l’ironie post-moderne que le concept met en scène « self-conscious irony […] complicity is used to create an ‘insider’ position from which to enable a critique from within ». 16 Jankélévitch (1964, 9) décrit indirectement l’approche de Gobeil en disant que l’ironie « joue avec le danger […] va le voir, elle l’imite, le provoque, le tourne en ridicule, elle l’entretient pour sa récréation ».

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