AGAPES FRANCOPHONES 2022

Steven Urquhart Université de Lethbridge (Alberta), Canada _____________________________________________________________ ϭϯϲ Dupuis-Déri. Il s’agit certes, de taquiner les femmes et de jalouser leur force et leur volonté dans la vieillesse, mais nullement de se laisser aller à un discours machiste venimeux. À ce propos, il convient de dire que Tardif base son compte rendu sur la critique la plus féroce des femmes prononcées par l’Auteur et ignore les répliques des amis qui la nuancent et la contredisent : « En somme, ce qui nous intéresse est ce glissement […] du pouvoir de l’homme qui se manifeste […] quand il est jeune à celui de la femme qui devient une véritable force d’oppression en prenant de l’âge » (68). Prononcée à la page 68 du livre lorsque l’Auteur interviewe Dean, ancien médecin généraliste, cette caractérisation de la femme est effectivement assez sévère, mais résulte de la frustration de l’Auteur qui y voit déjà déconstruire son hypothèse. C’est ce que l’on constate, une vingtaine de pages plus tôt, lorsque Jules déclare : « J’imagine qu’au début, ça fait l’affaire des hommes » (45). Une déclaration semblable revient encore à la page 76 lorsque Dean, par exemple, donne raison à sa femme qui l’accuse de ne rien vouloir faire. En revenant presque sur les mêmes propos de Jules, il se demande : « Est-ce que tout ça ne fait pas aussi l’affaire des hommes ? » (76). En vérité, on retrouve partout et habilement placés dans le texte des commentaires de ce même genre qui nuancent et contredisent ce que propose l’Auteur. On retrouve des phrases du genre « on va peut-être un peu vite. C’est ma faute » (30), « [c]e sont des mots trop durs » (53), « Qu’est-ce que tu vas encore inventer ? » (75), « J’y vais peut-être un peu fort » (80), « T’exagères » (89), « le mot est peut-être trop fort » (114) et « C’est dur ce qu’on avance à propos des femmes mûres » (116). Sans empêcher l’Auteur ou les interlocuteurs de discuter sur un ton à la fois sérieux et ludique de ce que Hanna Rosin appelle en 2012 The End of Men: And the Rise of Women 17 , de telles déclarations déconstruisent la légitimité de l’idée de base de l’enquête. Par exemple, dans le cas de Dean qui n’a pas le profil de l’homme qui se cache de sa femme malgré le fait qu’il vit une certaine aliénation, l’Auteur explique à brûle-pourpoint : « Pas de sous-sol, pas de chalet, pas de garage… […] En somme tu nous fais chier » (74). Cette déclaration désigne le ton pince-sans-rire du récit où les hommes (et Gobeil en tant qu’Auteur) partagent une certaine complicité et se rient gentiment par moments des femmes, mais sans jamais tomber dans un discours acerbe ou misogyne. Alors que le rire peut parfois servir de prétexte pour faire passer des remarques sexistes et racistes, ce n’est pas le cas ici 18 . Le lecteur est témoin aux cours des dialogues de la mise en scène par moments de l’humour au masculin que tout le monde peut apprécier de même que l’on peut comprendre les femmes lorsque celles-ci se moquent ensemble des 17 Dans Aging Well , George E. Vaillant (2002, 143), psychiatre et professeur de médicine à Harvard, aborde la question de la dominance et cite l’étude de l’anthropologue culturel D.L. Gutmann ( Reclaimed Powers , New York, Basic Books, 1987) qui a découvert en examinant 26 sociétés que dans « fourteen of them the women became dominant in old age ». 18 Voir à ce propos la réflexion de Bernier Arcand (202, 98-101) sur le rire dans la section nommée « On ne peut plus rire de rien » dans le chapitre « On ne peut plus rien dire ».

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