AGAPES FRANCOPHONES 2022

Splendeurs et misères de l’homme occidental (2015) : « roman » inter-dit de Pierre Gobeil _____________________________________________________________ ϭϯϳ travers typiques des hommes. L’amitié et le fait que les hommes sont du même genre a davantage rapport avec leurs expériences personnelles qu’avec le statut historique de leur sexe et un sentiment de collusion. En effet, la nature caricaturale des personnages et une analyse détaillée des conversations montrent clairement que Gobeil est sensible à la nature potentiellement nuisible de son sujet ; il insiste sur le pour et le contre et offre ainsi un portrait nuancé non seulement de la femme, mais également de l’homme. À travers les dialogues ponctués de « rires » 19 , il devient de plus en plus clair que le texte cherche à provoquer et non à prouver quelque chose. Et s’il arrive à montrer quoi que ce soit, c’est peut-être que l’homme manque de volonté dans la vieillesse et qu’il est la victime de sa propre paresse, c’est-à-dire du fait qu’il laissait la plupart des tâches à sa femme, étant plus jeune. Pour chacun de ces personnages masculins, la prise de contrôle par la femme dans le couple vieillissant existe bel et bien, mais elle s’explique lorsque l’Auteur revient sur l’évolution des membres individuels dans le ménage. Pour Jules, par exemple, il a simplement renoncé à ses devoirs de mari et de père de famille : « Comme si, avec le temps, elle avait pris de l’assurance et comme si, moi, plus vulnérable, j’avais abdiqué » (114). Quant à Dean, il décrit sa situation en fonction de la paresse : « Dans un premier temps, on en tire quelques avantages puisqu’on a moins de tâches et surtout moins de choses désagréables à s’occuper. Encore une fois, j’hésite à dire ça. Mais, il ne sert à rien de jouer à la victime » (80-81). Ainsi, le glissement ou le renversement des rôles dans le couple a eu lieu « en douce » (83) ; ce n’est que plus tard que l’homme se sent en partie piégé ou exclu des décisions au sujet de la famille et du foyer. Quoique Dean explique qu’il doit demander la permission à sa femme avant d’agir en imitant sa façon de lui parler – « “Non, pas cette chemise-là. Va te changer !” » (84) –, il revient constamment sur l’idée que la prise du pouvoir par la femme dans le vieux couple fait finalement « un peu l’affaire des deux » (85) partenaires. Mesurés dans leur propos, Jules et Dean concèdent jusqu’à un certain point que l’homme vieillissant « a perdu quelque chose » (121), mais font comprendre que les rôles adoptés par l’homme et par la femme à l’âge mûr sont la conséquence de l’évolution individuelle des membres au sein du couple. Leurs commentaires nuancent les propos caricaturesques de l’Auteur et montrent que la chute de l’homme vieillissant dans le couple ne constitue pas une affaire simple. Ayant parlé au départ de « dépossession » (81), terme que Dean réfute 20 , l’Auteur constate à la suite des entrevues avec ce dernier et Jules que « [d]écidément, les choses ne se passaient pas comme prévu » (91). Prononcée au milieu du roman, cette déclaration fait en sorte que l’enquête se concentre de plus en plus sur la simple solitude des hommes âgés avant d’échouer totalement. On remarque cette idée lorsque l’Auteur se rend chez son père – Prudent – veuf de 95 ans pour lui parler de la signification de la phrase que 19 Voir entre autres les pages 18, 29, 35, 49, 72, 82, 83, 114 et 120. 20 « C’est toi qui y vas fort là. Je n’aurais jamais utilisé ce mot-là. » (81).

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