AGAPES FRANCOPHONES 2022

Steven Urquhart Université de Lethbridge (Alberta), Canada _____________________________________________________________ ϭϯϴ celui-ci répète : « “Un homme, quand ça vient à un certain âge, ça perd tout ce que ça’a” » (96). Devant la taciturnité de son père qui critique tout avec une impunité impardonnable, selon l’Auteur, ce dernier conclut de biais que la liberté acquise par son géniteur, provoquée par la perte de son épouse, ne vaut pas « la peine ». Cette idée est confirmée par son père qui répète également depuis le décès de sa femme que, « “la gagne est pas grosse” » (98), ce qui laisse entendre que l’acquisition de l’agentivité que l’Auteur revendique pour les hommes vieillissants ne remédie pas à leur apparente solitude, ni à leur déclin physiologique. Revenant à plusieurs reprises sur ses ancêtres en regardant son père et en se disant « Prudent, fils de Thomas dit Thomess, petit-fils de Prud’homme, de Gérard, de Joseph, de Jean » (99), l’Auteur signale l’importance de la « dé génération » (je souligne) chez les hommes qui mouraient jadis souvent avant d’atteindre le troisième âge et que cette réalité, pour ne pas dire perte, mérite une certaine pitié. À ce propos, il convient cependant également de noter que l’Auteur semble aussi déplorer le sort de sa mère qui n’a pas eu la chance comme d’autres femmes de vivre plus longtemps que son mari. En effet, dans ce passage où il est clair que la femme, symbolisée par la mère, constitue la perdante ultime dans le couple, l’Auteur montre qu’il existe des maux derrière « le peu de mots » de son père « qui reste le plus souvent silencieux » (100) et que ce silence ne veut pas dire que les hommes occidentaux vieillissants ne souffrent pas. Comparant ceux-ci à « la majorité silencieuse » (120) que représentaient jadis les femmes dans la quarantaine en parlant avec Jules après la visite de son père, l’Auteur signale que le gagnant qu’est son père et que sont les hommes en général souffrent toutefois de ce qu’ils perdent au cours des années. Alors que le père de l’Auteur redevient le chef de son foyer pour ainsi dire, il regrette la présence de sa femme et sa gestion de leur vie commune. Enfin, son prénom semble offrir une mise en garde contre les critiques acérés de la femme et correspondre au dicton selon lequel il n’est guère prudent de scier la branche sur laquelle on est assis. La faiblesse de l’homme et la force de la femme Déçu par l’état physique et mental de son père qui infirme son hypothèse, l’Auteur considère sa visite un « échec » (106) et retourne à Montréal « avec un goût de défaite » dans la bouche et l’idée en tête « qu’il ne pouvait pas en être autrement » (102). C’est un tournant définitif dans l’enquête qui insiste de manière dérisoire sur ce que Gobeil appelle « la force inhérente aux femmes » (38) en parlant avec Daniel Côté au sujet du livre. Ayant retrouvé momentanément Jules, l’Auteur décide d’aller voir Lucas, âgé de 43 ans qui vit « [s]ans être marié et sans enfant » (123) depuis 15 ans avec sa conjointe, Ariane 21 . En évoquant la place qu’occupent les échantillons dans 21 Ce nom semble porteur de significations dans le contexte du passage et renvoyer de biais au fil célèbre du personnage mythique et par là au fait que cette femme représente la sortie du labyrinthe qu’est le monde pour Lucas dont le nom veut pourtant dire « lumière ».

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