AGAPES FRANCOPHONES 2022

Splendeurs et misères de l’homme occidental (2015) : « roman » inter-dit de Pierre Gobeil _____________________________________________________________ ϭϯϵ les résultats d’une expérience, cette rencontre imprévue assène un autre coup à l’hypothèse de départ de l’enquête. En parlant avec Lucas, qui ne correspond pas au profil des hommes recherchés par l’Auteur, cet homme déclare prendre plaisir à ce que sa femme décide tout à sa place : « Bien sûr que cela fait mon affaire ! […] je ne me suis jamais, en tout cas pas encore, senti infantilisé. Infantilisé, c’est bien le mot que certains ont employé ? » (129). Le contraire absolu de ce que veut entendre l’Auteur, cette déclaration a « pour effet de remettre directement en cause notre théorie qui va de la splendeur à la misère » (132). Assez comique, cette scène soulève également l’idée que certaines femmes dans la cinquantaine et au-delà souhaitent vouloir changer de vie et vivre autre chose. C’est ce que l’on constate quand Lucas demande à l’Auteur s’il s’est penché sur la perspective féminine dans son enquête : « Dommage parce que ça me semble très répandu ça aussi. La femme de 50 ans qui souhaite vivre une autre vie alors que l’homme cherche à se contenter de celle qu’il a, ou de celle qu’il a eue. Chez mes parents, ça s’est passé comme ça. Ma mère voulait transformer… […] Tout et puis rien à la fois. Changer de vie, changer… » (131) En insistant sur la vitalité de la femme, cette déclaration offre une autre explication pour justifier la situation observée par l’Auteur qui évoque paradoxalement la force de la femme en blaguant avec Jules peu avant l’entrevue avec Lucas. En parlant des personnages féminins forts dans la littérature (115) avec son ami qui trouve qu’il est dur à l’égard des femmes, l’Auteur souligne la force de celles-ci en lui déclarant : « Pour rire, je me suis souvent pris à imaginer un combat de rue entre un jeune punk de 15 ans tatoué, clouté, brillantiné et une femme dans la soixantaine. C’est que le jeune se sauverait en courant. Welcome les coups de sacoche, les griffures et les yeux crevés » (116). Ironique, cette anecdote caricaturesque signale le détournement de l’hypothèse effectuée par Gobeil au cours de l’histoire et déconstruit la présupposée faiblesse de la femme. En effet, l’idée que la femme redécouvre parfois une certaine vitalité en vieillissant alors que l’homme se laisse aller à l’inertie associée à la diminution de ses forces physiques se confirme quand l’Auteur rend visite à Jean-Louis et découvre que son ami s’est fait tromper par sa femme à la suite d’un accident ayant précipité sa retraite. Bien que la mention de la tromperie de Diane puisse paraître avoir pour but de diaboliser la femme, une analyse détaillée de la scène montre que ce n’est absolument pas le cas ; on ne dénonce jamais l’infidélité de celle-ci. Au contraire, ce qui se dégage de la conversation entre l’Auteur et Jean-Louis est que Diane a simplement gagné en force avec l’âge et la reprise de sa carrière de coiffeuse : « Dans le cas de Diane, on peut presque parler de guérison au fil des ans, ce qui n’a pas été mon cas » (138). Au cours de la conversation, il est clair que devant un mari affaibli sur le plan physique, dépourvu d’ambition et ne désirant pas évoluer, elle a voulu vivre autre chose et a finalement pu le faire. L’Auteur explique à ce propos en parlant de Jean-Louis : « J’ai bien tenté […] de lui faire valoir qu’il fallait

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