AGAPES FRANCOPHONES 2022
Splendeurs et misères de l’homme occidental (2015) : « roman » inter-dit de Pierre Gobeil _____________________________________________________________ ϭϰϭ qu’il joue dans l’échec de sa situation conjugale : « Tu dois la connaître , toi, cette phrase de Genet qui dit : “Lâches comme sont les hommes” » (159, je souligne). Inversant l’idée que la femme est faible et l’homme fort, cette déclaration critique le désengagement des hommes vieillissants, leur mesquinerie et souligne de biais la force des femmes. En incitant les hommes à s’engager dans la vie et à ne pas s’apitoyer sur leur sort, la référence à Genet laisse entendre que les hommes vieillissants se comportent comme le soi- disant sexe faible, associé jadis aux femmes, et qu’ils ont besoin d’assumer leur situation et d’agir paradoxalement plus comme… les femmes . En jouant sur les stéréotypes et leur inversion, la deuxième partie du roman célèbre indirectement la force de la femme à travers la critique de l’homme âgé qui finit par récolter ce qu’il a semé plus jeune. Conclusion : l’échec de l’enquête et l’objectif véritable du roman Ayant parcouru le Québec et la Nouvelle Angleterre pour tester sa théorie, l’Auteur revient à la fin du roman sur le fait qu’il est difficile « de tenir un semblant de propos valable sur eux » (152), les vieux couples. C’est effectivement ce que l’on constate lors de la visite avec Henry, homme qui participe de sa propre décadence et dont l’épouse, Linoux, incarne le stéréotype de la femme qui domine son mari. Salués à la porte d’entrée de la maison par cette dernière qui n’est pas partie en vacances afin de s’occuper de son mari et de ses invités, l’Auteur et Oliver assistent à une scène à la fin du repas qui laisse entendre que la femme n’essaie pas de contrôler son mari, mais plutôt de le protéger de sa propre auto-négligence. Communiqué de biais, ce message devient clair lorsque Linoux réprimande son mari pour avoir bu une coupe de champagne en lui disant : « Combien de fois il va falloir te le dire que le champagne, ce n’est pas bon pour ton estomac ? Ouf ! ! Pire qu’un enfant qu’il faut toujours surveiller ! » (177). Citée juste avant l’Épilogue où l’Auteur explique que sa « ‘supposée enquête’ est tombée à l’eau » (178), cette déclaration fait justement non seulement rire, mais aussi réfléchir sur les habitudes assez malsaines, comme la consommation excessive de l’alcool, de bien des hommes. En effet, il faut interpréter les propos de Linoux en fonction des actions de l’Auteur lui-même qui fait « le plein de tous les cognacs, whiskies et autres alcools forts » (179) qu’il a pu trouver à la frontière canado-américaine. Logique dans la mesure où les alcools sont moins chers aux États-Unis, ce geste typique de nombreux Canadiens renforce l’idée que les femmes ont souvent bien raison de dire ce qu’il faut faire et ne pas faire à leurs époux. Subtile, certes, la scène comme celle d’avant joue sur des visions caricaturesques de l’homme et de la femme, mais désigne également la subtile complexité de ce qui est véritablement dit et mis en scène dans le roman. La frontière que traverse l’Auteur renvoie à la réalité, mais évoque également l’importance des limites dans le récit où on pose des questions provocantes sans pour autant dépasser les bornes. Ayant abandonné son enquête dans l’Épilogue, l’Auteur retourne à Montréal en se demandant si toutes ses « démarches » étaient « inutiles »
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