AGAPES FRANCOPHONES 2022

Stéphanie Diane TSAKEU MAZAN University of Virginia, États-Unis _____________________________________________________________ ϭϱϲ Le but de la présente réflexion est de montrer comment Tierno Monénembo se sert de l’esthétique comme tactique pour engager son lectorat dans le questionnement d’un sujet aussi sensible que la colonisation, ses manifestations et ses retombées dans la période post-coloniale où la fracture coloniale divise l’opinion tant en France qu’en Afrique. J’assimile les détours qu’emploie l’auteur pour revenir sur l’histoire impériale aux principes de l’autophagie. Dérivé des sèmes grecs « auto » qui signifie « soi-même » et « phage » qui signifie « manger », l’autophagie est un mécanisme physiologique, de protection et de recyclage d’éléments cellulaires 2 . C’est l’action de forcer son corps à recycler les cellules faibles ou mortes par la pratique du jeûne intermittent ou prolongé, c’est le fait de se manger soi- même. Vous me demanderez quel est le rapport entre un procédé chimique, organique, et la littérature. Aucun en apparence, est la réponse immédiate. Cependant, le fait pour Tierno Monénembo d’écrire des textes plébiscités par les maillons de l’institution culturelle française tout en informant implicitement sur les affres de la colonisation dont le déni est renforcé sur la place publique par les politiciens et idéologues – qui tablent plutôt sur ses bienfaits –, peut être rapproché des mécanismes de l’autophagie. En effet, l’auteur franco-guinéen, qui « maraboute » le public français par sa verve, l’amène indirectement à faire face aux affres de la colonisation. De même, il lui donne des informations relatives au rôle joué par les soldats africains de l’empire français lors des guerres mondiales et la lutte contre le nazisme, l’un des facteurs qui justifient l’imposante présence africaine actuelle dans l’Hexagone. Je fais l’hypothèse selon laquelle de la même manière que l’acte de jeûner enclenche le mécanisme d’autophagie, la créativité de Tierno Monénembo attire son lectorat sur le terrain de l’histoire sombre de la colonisation et ses effets dans la France postcoloniale. Sa belle plume évoque et suggère au lectorat une réflexion sur des sujets sensibles que sont la haine et la stigmatisation de l’autre et l’occultation de l’histoire réelle des colonies de la mémoire officielle française. Dans cet article, je vais me pencher d’abord sur la célébration de la saga d’Olivier de Sanderval et d’Addi Bâ, ensuite je m’intéresserai au questionnement implicite de la fracture coloniale enmettant en parallèle le discours que tient Tierno Monénembo sur les affres de l’occupation allemande dans l’Hexagone et sur celles de la colonisation française en Afrique. 2 « L’autophagie, du grec “auto” voulant dire “soi-même” et “phagie” signifiant “manger”, est un processus naturel d’auto-nettoyage des cellules hérité de l’évolution. [...] L’autophagie est une forme de nettoyage cellulaire complexe : il s’agit d’un processus régulier et ordonné qui consiste à décomposer et à recycler des composants cellulaires lorsque l’énergie nécessaire à leur survie est devenue insuffisante. Lorsque tous les composants cellulaires défectueux ou malades ont été éliminés, le corps peut commencer le processus de renouvellement. De nouvelles cellules et de nouveaux tissus sont générés pour remplacer ceux qui ont été détruits. Le corps se renouvelle ainsi. » (Priscille Tremblais, Qu’est-ce que l’autophagie? , 2018. [En ligne]. <https://www.lanutrition.fr/ auest-ce-aue-lautophagie>)

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