AGAPES FRANCOPHONES 2022

Stéphanie Diane TSAKEU MAZAN University of Virginia, États-Unis _____________________________________________________________ ϭϲϬ trop comment, un titre de noblesse. Son nom ? Olivier de Sanderval. » ( Peuls, 441) Cette représentation contribue à invisibiliser entièrement Olivier de Sanderval de la mémoire coloniale bien que les traités qu’il avait signés en Afrique, initialement non-reconnus par le gouvernement, permirent à l’administration française de s’imposer contre l’Angleterre et de proclamer son protectorat sur la Guinée. Peint comme un être farfelu dans Peuls , Olivier de Sanderval devient un demi-dieu dans Le roi de Kahel , l’Afrique lui étant soi-disant destinée dès le berceau, voire avant sa conception. Telle représentation s’apparente à celle du Messie ou des héros des épopées africaines ; pour preuve, à l’âge de quatre ans, Olivier de Sanderval affiche un comportement qui inquiète sa mère : « “Cet enfant m’inquiète, disait souvent la maman anxieuse. [...] On dirait qu’il n’est pas d’ici, on dirait qu’il regarde autre chose que ce qui l’entoure.” [...] C’était un rêveur, un rêveur en action, un perpétuel insatisfait. La réalité ne lui suffisait jamais. Il voulait toujours plus grand, plus fort, plus beau. » (Le roi de Kahel , 44-45) En plus de célébrer ce colonialiste pas comme les autres, Tierno Monénembo expose la monstruosité de la colonisation officielle qui déstabilise le Fouta-Djalon et les royaumes environnants, contrairement à la vision de la colonisation chez Olivier de Sanderval qui traitait ses sujets et les rois ou almamis du Fouta-Djalon avec dignité. À titre d’illustration, dans ses plus rudes épreuves – aumoment où il est banni par l’administration coloniale française qui le somme de quitter Conakry après lui avoir interdit l’accès à son royaume situé sur le plateau de Kahel au Fouta-Djalon –, Olivier de Sanderval décide de verser deux années d’arriéré de salaire à son premier sujet, Magoné Niang, qui lui rapporte les dernières mangues de son verger. Le geste juste et généreux d’Olivier de Sanderval à l’égard de Mangoné Niang contraste avec l’exploitation de l’Afrique et des ressources tant humaines que naturelles pendant la colonisation officielle. Cette représentation méliorative du « roi » de Kahel réjouit son petit-fils, Bruno Olivier de Sanderval, qui déclare : « C’est plutôt bien. Tout y est : les personnages, les sentiments de l’époque, les faits sont exacts... à part quelques épisodes de la pure invention. L’histoire de mon grand-père [a] été écrite par un Peul. Le plus bel hommage à sa mémoire. [...] Mon premier contact avec Tierno Monénembo a commencé par une profonde colère contre lui, se souvient Bruno Olivier de Sanderval. C’était en 2004. Il venait d’écrire Le Peul, un livre plutôt bien écrit et agréable à lire. À part deux pages sur mon grand-père, où c’était du grand n’importe quoi ! » (entretien avec Anne Blanchard-Laizé, Ouest-France, 2017) Le soulagement qu’apporte l’écriture et la publication du roman Le roi de Kahel fait suite à une longue période de frustration où Bruno Olivier de Sanderval avait été outré par la falsification de l’histoire de son grand-père. Le succès du roman pousse Baptiste Liger à se demander si la colonisation aurait pu se faire autrement, au regard du portrait épique d’Olivier de Sanderval – appelé affectueusement Yémé en pays peul – que dresse Tierno Monénembo.

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